Les deux alliances

Tout le monde sait que la Bible est divisée en deux grandes parties principales : L’ANCIEN TESTAMENT et le NOUVEAU TESTAMENT. Ces deux parties sont aussi appelées l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Le mot « Alliance » est très approprié comme nous le verrons. Dans la Bible, il désigne essentiellement les contrats établis entre la créature et le Créateur.

Ces deux parties de la Bible, qui couvrent plusieurs millénaires d’histoire humaine, constituent, en effet, un document des relations de Dieu avec les hommes. C’est toute l’histoire admirable et tragique de la révélation de Dieu à l’homme.

Pourquoi deux testaments ?

Pourquoi deux Alliances entre Dieu et les hommes ? C’est ce que nous nous efforcerons de mettre en lumière dans cette étude. Nous ne pourrons évidemment qu’aborder les grandes lignes de l’histoire biblique que nous survolerons en quelque sorte pour en découvrir le panorama général. Il nous a semblé opportun de développer cette question, car il est impossible de comprendre le sens de la Bible sans avoir d’abord établi les relations existant entre les deux grandes parties de la Bible. C’est en quelque sorte un passionnant travail de mise au point auquel tout nouveau lecteur de la Bible doit s’adonner, et sans lequel la Bible resterait pour lui un recueil inextricable d’événements étranges et de commandements aussi déroutants que contradictoires.

Dans cette étude, il est impossible de ne pas être impressionné par l’harmonie et l’unité des Écritures sur la question des Alliances.

Brièvement, nous dirons que la première partie de la Bible, l’Ancien Testament, est l’histoire d’une nation.

La seconde partie de la Bible, le Nouveau Testament, nous rapporte l’histoire d’une personnalité : LE CHRIST.

Cette nation, qui évolue dans les pages de l’Ancien Testament, fut choisie par Dieu en vue d’une vocation suprême : celle de préparer la venue dans le monde de cette personnalité dont parle le Nouveau Testament.

La venue du Christ

La venue du Christ dans le monde constitue l’événement le plus considérable de toute l’histoire de l’humanité. En réalité, la Bible entière est imprégnée de Jésus-Christ. L’Ancien Testament est en quelque sorte le décor, l’arrière-plan annonciateur de l’événement, tandis que le Nouveau Testament en est la description, la narration et l’explication.

Sur la scène de l’Ancien Testament se déroulent ainsi trois grands actes qui précèdent le dénouement.

1 – La promesse de Dieu à Abraham :

« Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai. Je rendrai ton nom grand et tu seras une source de bénédictions… et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. » (Genèse 12.2,3)

2 – L’alliance de Dieu avec le peuple hébreu, par Moïse, auquel il donne les tables de la Loi, c’est-à-dire les dix commandements (Exode 20; Deutéronome 5).

3 – La promesse de Dieu à David :

« Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta postérité après toi, celui qui sera sorti de tes entrailles, et j’affermirai son règne » (2 Samuel 7.12)

La nation messianique

Ainsi, Dieu choisit le peuple hébreu qui deviendra un instrument de bénédictions pour le monde entier : c’est la nation messianique.

Au sein de ce peuple hébreu, c’est précisément par la famille de David que le monde sera béni : c’est la famille messianique.

Finalement, la silhouette de ce grand roi, descendant de David, se précise : c’est le Messie, espérance d’un peuple, réalité du Nouveau Testament qui contient le dénouement. Toutes les prophéties concernant le Messie reposent sur cette alliance faite avec David ; Jésus sera d’ailleurs souvent désigné comme fils de David dans l’Évangile (Matthieu 22.41-46; cf. Luc 1.32). Ces prophéties sont d’ailleurs si nettes que les Juifs attendaient littéralement un vrai roi à la manière de David : il s’installerait sur le trône de ce dernier pour ressusciter la gloire du royaume davidique pour lequel tous les Juifs cultivaient une grande nostalgie.

Les prophètes

À travers l’histoire d’une nation, nous sentons les pulsations d’une espérance, d’une attente parfois exacerbée, toujours alimentée par ces grands conducteurs spirituels : les prophètes. Leurs prédictions constituent en quelque sorte « la tension messianique » de l’Ancien Testament. Elles couvrent des siècles d’histoire en un relais qui jamais ne s’épuise, qui s’affirme toujours.

C’est le fil d’or reliant tous les livres de l’Ancien Testament en une étonnante unité dans le thème et dans l’espérance.

Ce sont d’abord de simples allusions, puis des images et des prédictions symboliques qui peu à peu s’affirment, se précisent, tout en devenant plus abondantes. Tout y est mis en rapport avec un futur glorieux. Il est question de salut, de délivrance, de règne avec un personnage de majesté invincible et tout-puissant, que les prophètes appellent déjà « Conseiller, Admirable, Dieu puissant, Prince de la paix, Père éternel » (Ésaïe 9.5). C’est le Messie, c’est-à-dire celui qui a reçu l’onction divine.

Tous les éléments relatifs à son règne sont exposés sous une forme assez rudimentaire, il est vrai. Ils attendent néanmoins d’être dégagés et accomplis, donc… réalisés, puisqu’ils ont pour cadre des prophéties.

Plus tard, l’épître « aux Hébreux » expliquera bien ce fait que « la loi possède une ombre des biens à venir et non l’exacte représentation des choses » (10.1).

(Le terme « la Loi » signifie dans bien des cas toute la structure de l’Ancienne Alliance.)

Même les fêtes, les sabbats et les différentes cérémonies religieuses de l’Ancien Testament constituaient une préfiguration. L’apôtre Paul écrira :

« C’était l’ombre des choses à venir, mais le corps [c’est-à-dire la réalité] est en Christ. » (Colossiens 2.17)

Dans cette perspective, nous pouvons dire que l’Ancien Testament contient le Nouveau Testament sous une forme voilée et que le Nouveau Testament est l’Ancien Testament révélé.

On remarquera en conséquence que tout en s’intéressant aux étapes préliminaires de cette grande fresque qu’est l’histoire de la venue du Christ, c’est le dénouement qui renferme le message final et vital ; c’est lui qui dévoile le sens et la personne du salut.

Il serait donc vain de ne s’attacher qu’à l’ombre de la réalité. Moïse et les prophètes ont été les précurseurs du Christ. Leur rôle est terminé. Leur mission est remplie. À leur suite, le Christ nous dit : « Venez à moi… »

Et Dieu, parallèlement, sur la montagne de la transfiguration, nous fait connaître qu’une nouvelle étape est franchie dans son plan pour le salut du monde, car, tandis que Jésus resplendit d’un éclat supérieur à celui de Moïse et d’Élie, une voix se fait entendre disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. ÉCOUTEZ-LE » (Marc 9.7).

L’ancienne loi

L’épître dite « aux Hébreux », dans le Nouveau Testament, nous rappelle que « si la première alliance avait été irréprochable, il n’y aurait pas eu lieu de lui en substituer une seconde » (8.7). Cette déclaration ne signifie pas que des erreurs s’étaient glissées dans le premier contrat entre Dieu et son peuple. Elle souligne surtout le rôle préparatoire, transitoire et donc limité de l’Ancien Testament. En effet, l’Ancienne Loi était faite presque uniquement de commandements et de prescriptions précis, nombreux et détaillés. Elle exigeait une obéissance à la lettre. Elle plaçait l’homme « sous des tuteurs et des administrateurs jusqu’au temps marqué par le Père » (Galates 4.2). Elle lui donnait l’illusion de sa justification devant Dieu, par ses œuvres. Elle l’amenait insensiblement à la conscience de son incapacité à en remplir toujours toutes les exigences, d’où le besoin d’un salut extérieur, besoin d’un sauveur, de la grâce.

La loi nouvelle

La Nouvelle Loi, c’est-à-dire celle inaugurée par le Christ, celle-là entre dans les profondeurs de l’homme. Dorénavant, ceux qui veulent adorer Dieu devront le faire « en Esprit et en Vérité » (Jean 4.24). Sous le règne du Messie, le seul fait d’être capable de rendre obéissance à Dieu constitue déjà une bénédiction. L’homme peut en effet se présenter devant Dieu « gratuitement justifié par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ » (Romains 3.24), « lequel, de par Dieu, a été fait pour nous, sagesse, justice, et sanctification et rédemption, afin, comme il est écrit : que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur » (1 Corinthiens 1.30,31).

En résumé, nous pouvons dire que la nouvelle alliance en Jésus-Christ, l’Évangile, prend en charge l’individu formé par l’Ancienne Loi et parvenu au stade propice de son développement religieux. L’Évangile présume en quelque sorte que la Loi a rempli son rôle, celui de convaincre l’homme de sa culpabilité et de son incapacité à être trouvé juste devant Dieu par des œuvres et des attitudes purement extérieures.

Le chapitre 2 du livre des Actes des Apôtres est une vivante description de cette rencontre de l’homme formé par l’Ancienne Loi avec la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ.

Après avoir été convaincues par le discours de Pierre que Jésus de Nazareth était en réalité le Messie annoncé par les prophètes depuis des siècles, la Bible rapporte que dans l’immense auditoire rassemblé à Jérusalem ce jour-là, environ 3 000 personnes « eurent le cœur vivement touché et dirent à Pierre et aux autres apôtres : Hommes frères, que devons-nous faire ? » (Actes 2.37).

Ce jour-là marquait une date historique, car c’était la première fois qu’on entendait proclamer publiquement la résurrection et la divinité du Christ.

À la question de ses auditeurs, Pierre répondit :

« Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. » (Actes 2.38)

Le récit ajoute que « ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés » et qu’en ce jour-là « le nombre des disciples s’augmenta d’environ trois mille âmes » (2.41).

C’était la première Église du Christ, née de la prédication de l’Évangile.

L’Ancienne Alliance avait rempli sa mission. Et nous terminerons avec une dernière remarque tirée de l’épître aux Hébreux :

« Il y a ainsi abolition d’une ordonnance antérieure, à cause de son impuissance et de son inutilité… et introduction d’une meilleure espérance, par laquelle nous nous approchons de Dieu. » (7.18,19)

« C’était l’ombre des choses à venir ; mais la réalité est en Christ. »