La repentance selon Dieu

Personne n’a jamais lu la Bible sans avoir été frappé par l’importance que Dieu attache au repentir de l’homme à cause de ses péchés. C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui d’examiner avec moi l’enseignement de Dieu sur ce sujet capital. Nous en dégagerons ainsi sa définition biblique… et peut-être, comme il arrive bien souvent lorsque nous étudions la Bible, nous apercevrons-nous que nos notions personnelles des choses spirituelles ont besoin d’être révisées, corrigées, voire même complètement changées.

Une condition de salut

Il faut prendre cette habitude d’interroger la Bible pour n’adopter que ses définitions, ses propositions, et ses solutions, qui sont, en définitive, celles de Dieu.

Lorsqu’on interroge la Bible sur la question du repentir, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une condition du salut.

Déjà Jean-Baptiste, le précurseur du Christ, prêchait dans les plaines arides de la Judée : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Matthieu 3.2).

Plus tard au cours de son ministère, Jésus envoya ses apôtres avec la mission « de prêcher la repentance » (Marc 6.12).

On le verra pleurer sur des villes comme Capernaüm, Bethsaïda et Chorazin, qui s’étaient endurcies contre la vérité et qui refusaient de répondre à l’appel du repentir (Luc 10.13-15).

On connaît aussi ses merveilleuses paraboles de la brebis perdue et de l’enfant prodigue qui sont un encouragement au repentir devant l’amour inlassable du berger et du Père (Luc 15).

Après sa résurrection, il convoque ses apôtres et leur révèle que selon les prophéties, « la repentance et le pardon des péchés » devaient être prêchés en son nom à commencer par Jérusalem (Luc 24.47).

Quelques semaines seulement après cette entrevue mémorable avec le Christ ressuscité, nous retrouvons les apôtres précisément à Jérusalem, le jour d’une grande fête juive.

Ils annoncent à une foule considérable le sens de la mort et ce « suprême défi à la raison », sa résurrection, annoncée par les prophéties. Et à cette foule stupéfaite et convaincue, ils lancent ce cri d’appel universel :

« Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés. » (Actes 2.38)

Ce fut la conversion de 3 000 personnes en un seul jour. La première Église du Christ était née.

Cet appel à la repentance, l’apôtre Paul va le porter jusqu’aux peuples païens et idolâtres, à qui il déclare avec force que le Dieu qui a fait le ciel et la terre demande à chaque homme, en quelque lieu qu’il se trouve, de se repentir (Actes 17.30).

Ainsi nous pouvons constater qu’il n’y a pas de salut sans repentir. Tous les passages que nous venons de citer peuvent se résumer en cette exhortation de l’apôtre Pierre :

« Repentez-vous donc et convertissez-vous pour que vos péchés soient effacés. » (Actes 3.19)

Qu’est-ce que le repentir ?

Selon une définition populaire, et partiellement vraie, le repentir, « c’est le regret d’avoir fait ou de n’avoir pas fait quelque chose ». Cependant, si le repentir est regret, il n’est pas que cela. On peut regretter d’avoir trop mangé, à cause d’un inconfort au niveau de la ceinture, mais cela ne nous empêchera pas de recommencer la semaine suivante devant une table bien garnie.

Il ne faut pas confondre non plus repentir et remords. Il y a dans le remords quelque chose de morbide, de malsain, de destructif. Ainsi Judas est passé du repentir au remords, et il est allé se pendre, car il ne pouvait plus supporter le poids de sa trahison dans sa conscience (Matthieu 27.3,4).

Une troisième fausse notion apparente le repentir aux pénitences douloureuses et aux abstinences cruelles auxquelles se soumettent les membres de certaines communautés religieuses… « Ne prends pas ! Ne goûte pas ! Ne touche pas ! »

L’apôtre Paul affirme que ce sont là des

« préceptes qui deviennent pernicieux par l’abus et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes. Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu’ils indiquent un culte volontaire, de l’humilité et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair. » (Colossiens 2.21-23)

Non, le repentir dont parle la Bible n’est ni un simple regret, ni un remords destructif, ni un encouragement aux pratiques ascétiques… le repentir, c’est d’abord la reconnaissance de nos péchés. C’est aussi le profond regret de les avoir commis et de ne pas les avoir reconnus pour tels plus tôt. C’est surtout la ferme résolution de changer de route après avoir réparé, si possible, le mal qu’on a fait. C’est enfin se tourner vers Dieu pour recevoir son pardon et vivre dorénavant selon sa volonté. C’est cette dernière initiative que la Bible appelle « produire des fruits dignes de la repentance » (Luc 3.8), et le texte ajoute :

« Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. » (Luc 3.9)

L’Ancien Testament et la repentance

L’Ancien Testament est fertile en enseignements sur la repentance, à cause des nombreuses exhortations qu’il contient. Les prophètes avaient en effet fort à faire pour tenir en bride un peuple aussi inconstant que l’était Israël !

Ézéchiel par exemple, dans le chapitre 18 de sa prophétie, indique clairement que le repentir est un changement de la personnalité, un véritable retour vers le bien, un renouveau de l’âme.

« Ce que je désire, est-ce que le méchant meure ? dit le Seigneur l’Éternel ? N’est-ce pas qu’il change de conduite et qu’il vive ?…

Si le méchant revient de sa méchanceté et pratique la droiture et la justice, il fera vivre son âme. S’il ouvre les yeux et se détourne de toutes les transgressions qu’il a commises, il vivra, il ne mourra pas. » Ici, le prophète est encore plus explicite : « Rejetez loin de vous toutes les transgressions par lesquelles vous avez péché ; faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. » (Ézéchiel 18.23,27,28,31)

Avec le Psaume 51, nous avons cette fois le témoignage de la vraie repentance en la personne de David ; voici comment parle un homme humilié par le péché et sincèrement contrit : tout d’abord, David invoque la pitié de Dieu (v. 3). Ce n’est pas l’attitude du pharisien qui est fier d’être ce qu’il est et qui méprise les autres. C’est le publicain de la parabole du Christ qui a honte et qui implore miséricorde :

« Efface mes transgressions, lave-moi complètement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché. » (vs. 3,4)

Son désir de pardon est sincère. Il donne l’impression d’être tombé dans un cloaque de boue et de chercher désespérément une fontaine d’eau pure pour se laver.

« Car je reconnais mes transgressions… » (v. 5). Il avoue pleinement ses péchés. Il n’est pas comme ceux qui disent sans cesse : ce n’est pas ma faute. Il parle de son obsession… Il ne peut plus supporter le poids de cette culpabilité. Il se tourne vers Dieu… « Car mon péché est constamment devant moi. »

Il reconnaît aussi ce fait essentiel que tout péché est en réalité une faute contre Dieu. C’est pourquoi il dit : « J’ai péché contre toi seul, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux » (v. 6).

Puis il prend la résolution de se consacrer à Dieu, de redevenir un arbre qui portera de bons fruits. « J’enseignerai tes voies à ceux qui les transgressent » dit-il avec ferveur « et les pécheurs reviendront à toi » (v. 15). En lisant ce flot de repentir sincère, on découvre enfin avec David cette grande vérité : « Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé et un cœur contrit » (v. 19).

Une tristesse selon Dieu

En effet, seul un cœur brisé renoncera à faire valoir ses mérites et demandera la grâce de Dieu. Seul un cœur brisé est à même de reconnaître sa faiblesse et sa culpabilité.

Mais pour nous amener à cet état d’âme salutaire, indispensable, que l’apôtre Paul appelle « une tristesse selon Dieu » (2 Corinthiens 7.9), Dieu a parfois recours à des circonstances douloureuses mais salutaires pour nous ramener à la raison. Pour nous purger de tout orgueil, qui est la gangrène de l’âme, Dieu fait intervenir l’épreuve.

Ce fut l’expérience du fils prodigue. C’est l’expérience de nombreuses personnes que Dieu frappe parfois dans leur corps ou dans leurs biens pour les amener à l’humilité et au repentir.

Rien n’est plus effrontément opposé à Dieu que l’orgueil de l’homme.

Le cœur impénitent

Il m’est arrivé de m’entretenir avec une personne qui avait fait beaucoup de mal par sa médisance. Elle était de celles qui ne savent pas contrôler les emballements de leur langue. Je lui recommandai de se rendre auprès des gens chez qui elle avait semé l’abominable graine de la médisance, pour reconnaître qu’elle avait mal agi, et ainsi enrayer le mal avant qu’il ne soit trop tard. Devant cette proposition, elle se raidit violemment devant moi et devant Dieu, et elle dit : « Çà jamais ! » Devant cet endurcissement et cette sombre résolution, je compris que je ne devais pas insister. Je rappelai néanmoins cette parole sévère de l’apôtre Paul :

« Méprises-tu les richesses de la bonté, de la patience et de la longanimité de Dieu, ne reconnaissant pas que sa bonté te pousse à la repentance ? Mais par ton endurcissement et par ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu. » (Romains 2.4,5)

Tout homme doit comprendre qu’il est pécheur devant Dieu.

Tout homme doit être prêt à reconnaître sa culpabilité.

Le plus grand péché de l’homme est peut-être de se croire juste : car dans cette suffisance et cet orgueil, il n’y a pas de place pour la grâce et le pardon de Dieu.

Ce n’est pas la crainte du châtiment qui doit exclusivement motiver le repentir. Mais c’est l’amour de Dieu tel qu’il se manifeste dans sa parole, dans la nature et dans notre vie si nous daignons le reconnaître (Romains 1.18-21).

L’amour de Dieu

Ce n’est que lorsque j’ai vu mon fils pleurer dans mes bras, sincèrement repentant de m’avoir attristé par sa désobéissance, que j’ai pleinement compris le rôle de l’amour dans le repentir de l’homme. « Revenez, revenez de votre mauvaise voie ! » (Ézéchiel 33.11). Tel est le cri d’amour de notre Père céleste… Nous pouvons évidemment feindre de ne pas l’entendre… ou nous persuader qu’il s’adresse à quelqu’un d’autre… Dans ce cas, ce cri d’amour est aussi un cri d’avertissement.

Dieu est patient, c’est vrai. Et il est bon. Mais il n’y a pas de bonté sans justice… Et nous savons que la patience de Dieu aura un terme lorsque la fin du monde aura été décrétée… ou plus simplement la fin de notre vie (2 Pierre 3.8-10).

Si nous hésitons encore, si nous ne portons pas encore des fruits dignes de la repentance, écoutons attentivement cette dernière parole du Christ. Elle nous est particulièrement destinée :

« Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit, et il n’en trouva point. Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point. Coupe-le ; pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ? Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année ; je creuserai tout autour, et j’y mettrai du fumier. Peut-être à l’avenir donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas. » (Luc 13.6-9)

Alors viendra le temps des regrets amers… le temps des « pleurs et des grincements de dents » dont a parlé Jésus…

Mais il sera trop tard.