Le rôle de l’apôtre Pierre

Cet article est un extrait du livre Un ancien prêtre vous parle.


Le fondement essentiel, objectif, de l’Église est le Christ et seulement le Christ. C’est ce que Paul très explicitement nous enseigne dans son Épître aux Corinthiens :

« De fondement en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, à savoir Jésus-Christ. » (1 Corinthiens 3.11)

Cependant nous ne pouvons connaître Jésus-Christ, si ce n’est par le moyen des apôtres. C’est par leur prédication que nous connaissons la volonté de Dieu ; c’est par les apôtres que nous pouvons savoir ce qu’il faut faire pour entrer dans l’Église et être revêtu du Christ. Donc pour nous, subjectivement, les apôtres sont le fondement de notre foi et de notre connaissance de la voie du salut. En effet les apôtres sont les témoins de Jésus, et par leur parole nous pouvons savoir qu’il est le Sauveur (Actes 1.8). Pour cela Jésus a prié non seulement pour les apôtres, mais aussi pour tous ceux qui croiront en lui par leur parole :

« Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde… Je ne prie pas pour eux seulement, mais pour ceux-là aussi, qui, grâce à leur parole, croiront en moi. » (Jean 17.18,20)

Donc, aujourd’hui encore, ce sont les apôtres qui nous enseignent la vérité par leur « parole » conservée dans les écrits du Nouveau Testament. On peut donc dire que, pour nous personnellement, les apôtres sont le fondement de l’Église, comme Paul l’a écrit :

« Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et les prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. En lui toute la construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit. » (Éphésiens 2.19-22)

Naturellement il y a une différence fondamentale entre les apôtres et Jésus-Christ. Bien que fondement, les apôtres ne nous sauvent pas ; c’est Jésus par son sang qui nous sauve. C’est Jésus seul qui est le maître unique, tandis que les apôtres sont seulement ses témoins. C’est Jésus-Christ qui est le Médiateur entre Dieu et les hommes ; les apôtres nous annoncent seulement la vérité grandiose de l’amour miséricordieux de Dieu qui s’est incarné dans le Seigneur. C’est Jésus qui est le chef de l’Église, la tête de son corps, tandis que les apôtres sont seulement des membres choisis par Jésus lui-même afin de donner en son nom et sous la direction du Saint-Esprit les règles à suivre pour obtenir le salut.

Y a-t-il parmi les apôtres une personne qui soit leur chef et vicaire de Jésus-Christ ? « Oui, répondent les catholiques, c’est Pierre, celui que sainte Catherine de Sienne appelait le doux Christ sur terre. » Nous allons maintenant étudier les arguments qui nous sont présentés habituellement.

I. Les trois passages bibliques

Nous allons commencer par le dernier, qui nous présente des paroles prononcées par Jésus-Christ après sa résurrection.

A) « Pais mes brebis… pais mes agneaux ».

Jésus, en lui disant « pais mes brebis… pais mes agneaux », aurait constitué Pierre le Pasteur suprême du troupeau de Dieu, à savoir l’Église. Toutefois on doit bien étudier le contexte d’un passage pour en déduire la doctrine fondamentale. Voici donc quelques éléments nécessaires pour l’interprétation du passage biblique.

1. La narration de Jean finit avec le commandement deux fois répété : « Suis-moi » (Jean 21.19,22). Cet appel de Jésus dans le Nouveau Testament est un appel à l’apostolat, soit comme membre des douze, soit comme membre des soixante-dix disciples.

Aux futurs apôtres Jésus dit : « Suivez-moi, je vous ferai pêcheurs d’hommes. Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent » (Matthieu 4.19,20). À Matthieu il dit : « Suis-moi ! », et celui-là « se levant, le suivit » (Matthieu 9.9). En disant à Pierre « Suis-moi », il le faisait donc son apôtre et son messager du salut au monde entier.

2. Peut-être allez vous me dire : « Mais Pierre était déjà un apôtre ; il ne pouvait pas être appelé à l’apostolat de nouveau. » On doit cependant se rappeler que Pierre, bien qu’apôtre, avait renié trois fois Jésus-Christ. Lui, qui avait été envoyé pour témoigner pour le Christ, avait en réalité renié sa mission. Il était donc déchu de sa mission, lui qui, tout en ayant protesté un amour fidèle à Jésus, en réalité l’avait désavoué. En effet Jésus, par trois fois, lui demanda s’il l’aimait vraiment. Pierre, ayant compris la douce leçon de Jésus-Christ, qui par sa triple question « M’aimes-tu ? » lui rappelait son triple reniement, « fut peiné de ce qu’il lui demandât pour la troisième fois : M’aimes-tu ? » (Jean 21.17). Mais maintenant qu’il aime vraiment Jésus et ne se confie plus en ses propres forces, il va être reconstitué apôtre de Jésus-Christ et va être capable aussi de subir le martyr pour son maître (vv. 18,19).

Pierre lui-même nous dit qu’il est « ancien comme les autres anciens » (1 Pierre 5.1) et que les anciens aussi doivent « paître le troupeau de Dieu qui leur a été confié » (v. 2), jusqu’au moment où le chef des pasteurs, qui est le Christ lui-même, apparaîtra (v. 4). De ces paroles de Jésus à Pierre (Jean 21.15-19), on ne peut pas déduire la suprématie de Pierre sur les autres apôtres. Elles veulent seulement rétablir Pierre dans sa mission d’apôtre dont il était déchu par son reniement.

B) « J’ai prié pour toi… affermis tes frères. »

Avant de subir sa mort, dans le dernier repas, Jésus dit :

« Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi, donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. Seigneur, lui dit-il, je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort. Jésus dit : Je te le dis, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd’hui que par trois fois tu n’aies nié me connaître. » (Luc 22.31-34)

Voilà donc que Jésus prie seulement pour Pierre, afin que sa foi ne défaille pas. Donc, par ces mots Jésus aurait constitué Pierre le chef des autres apôtres qu’il doit affermir par sa foi infaillible. Cependant, c’est seulement le contexte qui peut nous éclairer sur la vraie intention du Saint-Esprit, qui a inspiré ce passage.

1. « Afin que ta foi ne défaille pas. » Cette foi n’est pas le pouvoir de dicter infailliblement ce qui est la vérité, mais seulement la foi personnelle de Pierre. La foi personnelle n’entre pas en question au sujet de l’infaillibilité ; le pape peut perdre sa foi, mais ne peut pas enseigner des doctrines erronées à toute l’Église, disent les catholiques. Pourquoi Jésus prie-t-il spécialement pour Pierre ? Parce qu’il va subir une tentation plus forte que les autres et va renier le Christ dans une manière que les autres ne le feront pas. En effet Pierre, suivant le maître de loin, par trois fois renia le Christ, disant avec serment qu’il ne connaissait pas cet homme-là (Matthieu 26.69-75).

Mais, voilà. Christ, connaissant d’avance la faute de Pierre, a prié pour lui spécialement afin qu’il ne perde pas complètement sa foi et qu’il ne finisse pas sa vie comme Judas. La prière de Jésus eut son effet, puisque Pierre, « sortant dehors, pleura amèrement ». Judas, au contraire, « se retira et alla se pendre » (Matthieu 26.75 et 27.5). Pour Judas c’est la ruine ! Pour Pierre c’est la conversion !

2. « Affermis tes frères ». On doit se rappeler qu’il ne faut pas être supérieur pour affermir d’autres.

Je suis découragé ? Un frère me parle de Dieu, me lit de la Parole de Dieu : je suis raffermi.

Je suis découragé ? Je vois un prédicateur et sa femme paralysés qui prêchent avec joie la Parole de Dieu. Je vois leurs visages souriants acceptant la volonté du Seigneur. Ils m’ont affermi.

J’écoute une dame chrétienne me parler de son parent qui est prêtre. « Il connaîtra certainement la vérité, me dit-elle ; Dieu écoutera certainement ma prière. J’en suis sûre. » La foi de cette sœur me raffermit dans ma foi.

Toutes ces personnes raffermissent ma vie, bien qu’ils ne soient pas mes supérieurs. Pourquoi Pierre devrait-il l’être parmi les apôtres ? C’est supposer déjà démontré ce qu’on doit démontrer.

3. « Tes frères ». Bien plus Jésus dit : « Affermis tes frères. » Par le mot « frères » Jésus enseigne à Pierre que les autres, qui seront affermis par lui, ne sont pas ses inférieurs, mais des personnes qui ont la même autorité que lui.

Ces paroles de Jésus nous en rappellent d’autres par lesquelles le Sauveur a mieux spécifié l’égalité des apôtres entre eux.

« Pour vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car vous n’avez qu’un Maître et vous êtes des frères. N’appelez personne sur la terre votre Père ; car vous n’en avez qu’un, le Père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler Docteurs ; car vous n’avez qu’un Docteur, le Christ. » (Matthieu 23.8-10)

Aujourd’hui encore le pape, qui se professe successeur de Pierre, se dit « frère », même mieux « serviteur des serviteurs de Dieu », mais il se fait aussi appeler « Père saint », « Vicaire du Christ », « Maître infaillible de vérité ». Jésus au contraire nous dit que tous les apôtres sont des frères sans aucun supérieur, maître ou docteur. En dehors de Jésus lui-même, « vous êtes tous frères » !

« Affermis tes frères ! » Affermis-les par ton exemple ; affermis-les par ton amour. Affermis-les par ta prédication, ton courage, ton martyr. Voilà ce que Jésus voulait dire par la parole : « Affermis tes frères ! » C’est ce que Pierre accomplit dès les premiers jours du christianisme.

C) « Tu es Pierre. »

C’est aujourd’hui la pièce fondamentale de la doctrine papale de Rome. Je répète : « Aujourd’hui », parce que dans le passé le passage de Matthieu n’était pas compris comme il l’est maintenant par les catholiques. Voici les paroles mêmes de la Parole de Dieu :

« Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question : Au dire des gens, qu’est le fils de l’homme ? Ils dirent : Pour les uns, il est Jean-Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes. Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? »

Prenant alors la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » En réponse, Jésus lui déclara :

« Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien ! moi, je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié ; et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ. » (Matthieu 16.13-20)

Pour mieux comprendre ce passage, on doit faire quelques considérations préliminaires :

1. Un passage de la Bible – comme tout passage de l’antiquité – ne peut pas être interprété à travers des lunettes d’aujourd’hui. On doit chercher à deviner ce que les apôtres pouvaient comprendre dans ces mots avec la mentalité de leur temps. Jésus a, en effet, utilisé le langage de ce temps-là et non notre mentalité juridique. Bien plus, on ne doit rien ajouter à la Parole de Dieu ; il faut que la Bible s’interprète par elle-même. Si dans ce passage nous tirons une conclusion qui ne s’harmonise pas avec d’autres passages bibliques, on doit dire que cette interprétation est erronée, parce que, pour un croyant, la Bible ne peut pas se contredire elle-même. C’est précisément ce que nous chercherons à faire dans ce commentaire du passage biblique.

2. Il est inutile de préciser ce qu’est la « pierre » dont Jésus parle, et sur laquelle il va bâtir son Église. Je connais toutes les différentes interprétations qui ont été données. Pour les uns, c’est Christ en personne, pour d’autres c’est la foi professée auparavant par Pierre, pour d’autres encore c’est Pierre lui-même. Quelle que soit notre opinion personnelle, on doit conclure qu’on ne peut pas supprimer la doctrine que Pierre est ici lié dans une manière toute particulière à la fondation de l’Église. C’est ce que nous pouvons déduire aussi du fait que Simon a eu son nom changé en celui de « Pierre ».

3. Que signifie un changement de nom dans la Bible ? Cela signifie deux choses différentes :

a) Le nom rappelle une qualité de la personne. Jésus est appelé par ce nom parce que par lui Jahvé sauvera les hommes (Matthieu 1.21). Simon est appelé Pierre, parce qu’il sera l’une des pierres fondamentales de l’Église. Mais on peut se demander pourquoi ce nom lui a été conféré à ce moment-là à Césarée. Parce qu’il avait alors confessé la dignité suprême du Christ, à savoir celle du Fils de Dieu. Quand Simon chercha à éloigner Jésus de sa mission, il fut appelé par le nom de Satan. Deux noms qui sont deux expressions différentes de sentiments.

« D’après le récit qui suit immédiatement, Christ ne repousse-t-il pas le fils de Jonas par cette parole dont la sévérité fait avec l’éloge précédent un contraste bien étrange : Arrière de moi, Satan, car tu m’es en scandale ? (v. 23). Qu’est-ce à dire, sinon que le Sauveur caractérise, par ces deux expressions si différentes, les sentiments opposés dont l’apôtre, à peu de temps de distance, s’était fait l’organe et en quelque sorte l’incarnation ? Pierre est un rocher (petra, v. 18) en tant que premier confesseur du Messie ; mais il est un suppôt du diable (satana, v. 23), un démon, lorsque, après avoir exalté son maître, il cherche à le détourner de la vie sainte et bénie, quoique douloureuse, qui seule apparaît à Jésus comme étant celle du devoir. » (Jules Bovon, Théologie du Nouveau Testament, tome I, La vie et l’enseignement de Jésus, Lausanne, 1893, p. 446)

Pierre c’est donc : Simon confessant le Christ.

Satan c’est donc : Simon éloignant Jésus de sa mission.

Les noms sont la personnification d’un sentiment spécifique de l’apôtre. Par son nom de Pierre, Simon nous rappelle continuellement que Jésus est le Fils du Dieu vivant.

b) Le changement du nom dans la Bible signifie aussi qu’une mission va lui être confiée dans le futur. Quelle mission ? C’est la Parole de Dieu qui doit nous le dire et non des raisonnements théologiques postérieurs.

II. Pierre et le pape : histoire primitive

Jésus parle à Pierre. Les catholiques disent, sans aucune raison biblique, qu’ici Jésus parle à Pierre et à ses successeurs, les évêques de Rome. Affirmation toute gratuite. À eux, l’obligeance de la démontrer. Car, en réalité, d’après l’histoire, dans les premiers siècles de l’Église, Rome n’exerçait aucun pouvoir sur les autres Églises. Bien plus, quand l’évêque de Rome, en s’appuyant sur la puissance de sa ville, voulut établir une suprématie sur les autres évêques, ceux-ci s’opposèrent avec fermeté à son désir immodéré de gloire.

Voici comment Polycrate d’Éphèse, évêque, au nom de tous les évêques d’Asie, écrivit à Victor, évêque de Rome, quand celui-ci, en l’an 190, excommunia les évêques de l’Asie qui ne voulaient pas accepter la date romaine fixée pour la célébration de la Pâque : « Mes frères, j’ai vécu pendant soixante-cinq ans dans le Seigneur et en communion avec tous les frères de ce monde, et moi, qui ai lu toute la Sainte Écriture, je n’ai pas peur de ce qu’on veut m’effrayer. En effet, ceux qui sont plus grands que moi ont dit avant moi : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » » (Eusèbe, Histoire de l’Église, V. 24, 7). Donc, les évêques de l’Asie ne reconnaissaient pas la primauté de l’évêque de Rome. Et celui-ci n’a rien pu faire contre eux.

Quand Étienne, autre évêque de Rome, écrivit aux évêques d’Espagne, pour ordonner de replacer dans leurs diocèses les évêques Basilides et Martial, qui avaient eu recours à lui, les Espagnols écrivirent à Cyprien, évêque de Carthage, pour lui demander conseil. Celui-ci répondit qu’on ne devait pas réintégrer dans leurs villes des évêques aussi indignes que les susnommés, et la volonté d’Étienne ne fut pas suivie. Il est évident que, en agissant ainsi, les évêques d’Espagne et d’Afrique ne reconnurent point Étienne pour chef ; dans l’affirmative, il aurait été nécessaire de lui obéir.

Le même Cyprien s’opposa à Étienne qui voulait interdire aux évêques d’Afrique de rebaptiser les personnes baptisées par les hérétiques.

Dans un sermon prononcé en l’année 256, dans un concile d’évêques africains, il est dit solennellement :

« Chaque évêque doit exposer sa pensée sur l’argument, mais ne doit pas juger les autres et priver de la communion ceux qui pensent différemment. Aucun de nous ne se dresse comme « évêque des évêques » (comme le faisait l’évêque de Rome), avec le pouvoir tyrannique de chercher à contraindre les autres évêques à lui obéir. En réalité, chaque évêque, par l’usage de sa liberté et de son pouvoir, juge avec son intelligence et ne peut pas être jugé par les autres. Nous attendons tous le jugement de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, Lui seul, peut nous conduire dans le gouvernement de son Église et juger nos actions. » (Ep. 72)

Donc, les évêques d’Afrique ne reconnaissaient pas l’évêque de Rome comme étant leur chef et le vicaire de Jésus-Christ. Ce fut seulement après bien des siècles que le pape devint le chef infaillible (année 1870) de toute l’Église.

Nous pouvons donc conclure que ni les passages de la Bible, ni l’histoire apostolique, ni l’histoire des premiers siècles chrétiens ne confirment la croyance catholique en la primauté pontificale de l’évêque de Rome.

Ils soulignent seulement que, pour être chrétiens, on doit avoir, aujourd’hui, comme dans le passé, la même foi prêchée par les apôtres et surtout celle confessée par l’apôtre Pierre quand il a dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jamais les auteurs de la Bible ne confèrent à Pierre une personnalité, mais seulement à Jésus-Christ, à qui tout chrétien est uni par la foi accomplie dans le baptême.

On peut lire ce que l’apôtre Pierre nous dit dans sa première épître (2.4s) :

« Approchez-vous donc de lui (Jésus-Christ), pierre vivante rejetée par les hommes, mais aux yeux de Dieu, choisie, précieuse ; et alors, vous, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle ; formez un saint sacerdoce, qui offre des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ. »

On lit, en effet, dans l’Écriture : « Voici, je place en Sion une pierre, une pierre d’angle choisie et précieuse, et celui qui aura confiance en elle ne sera point déçu » (1 Pierre 2.6). Et cette « pierre », c’est Jésus et non pas l’évêque de Rome.

III. La mission de Pierre

Il n’est pas possible de penser que cette mission, la mission de Pierre, soit celle de chef de l’Église, du vicaire du Christ. On ne le peut pas parce qu’autrement il faudrait aller contre des enseignements très clairs de l’Écriture sainte.

A) Pierre n’était pas le chef de l’Église.

Je ne peux pas accepter la doctrine catholique qui fait de Pierre le Chef de l’Église, parce que :

1. La Bible ne me dit pas que Jésus, après son ascension au ciel, a constitué Pierre comme son substitut sur la terre. La Bible nous dit toujours que Jésus est le seul chef de son Église ; jamais Pierre n’y est présenté comme son vicaire ou chef de l’Église. Jésus est intimement uni à son Église comme l’époux à l’épouse, ce qui élimine la présence d’une troisième personne qui soit son vicaire. Après sa résurrection, Dieu « a tout mis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tous » (Éphésiens 1.22,23). « En effet, le mari est chef de sa femme, comme le Christ est chef de l’Église, lui le Sauveur du Corps » (Éphésiens 5.23). Selon les coutumes de l’Ancien Orient, la fiancée était baignée et parée, puis les « fils de la noce » allaient la présenter à son fiancé. Dans le cas de l’Église, c’est le Christ en personne, qui a lavé sa fiancée de toute souillure par le bain du baptême pour se la présenter à lui-même.

« Christ a aimé son Église ; il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne (c’est-à-dire la formule baptismale) ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée. » (Éphésiens 5.25-27)

2. Paul ne reconnut pas Pierre comme son chef. Pierre est un notable de l’Église. Bien sûr ! Je ne le dénie pas. C’est inutile de rappeler tous les passages de la Bible dans lesquels Pierre y joue un rôle de premier plan. Paul le dit expressément : « Jacques, Céphas, et Jean, ces notables, ces colonnes… » (Galates 2.9). Nous ne voulons pas mutiler la Bible. Pierre était un notable de l’Église – peut-être aussi la première colonne de l’Église (bien qu’ici il soit placé à la deuxième place) – il jouissait donc d’une priorité chez les apôtres.

Priorité toutefois ne signifie pas autorité ou supériorité sur les autres. Si mon fils est le premier de la classe, il n’est pas encore le chef de ses camarades. Les catholiques confondent trop facilement entre eux priorité et supériorité.

Mais Paul ne reconnaît aucune supériorité à Pierre. Il est très clair à ce propos. « Et de la part de ceux qu’on tenait pour notables – peu m’importe ce qu’alors ils pouvaient être ; Dieu ne fait point acception des personnes – à mon Évangile, en tout cas, les notables n’ont rien ajouté » (Galates 2.6). Pour Paul la priorité de Pierre n’est pas une supériorité sur les autres, parce qu’il dit qu’à lui, peu importe de connaître ce qu’étaient les personnes reconnues comme des notables. Ils sont reconnus tels par les chrétiens, dit Paul, mais ils n’ont pas en réalité cette suprématie de Dieu. Dieu ne fait point acception de personnes. Pour Paul tous les apôtres sont dans la même position. Un tel raisonnement, les catholiques ne peuvent pas le répéter aujourd’hui. Ils doivent reconnaître que c’est seulement par le pape qu’on va au Christ. N’est-ce pas là un argument clair pour démontrer que la situation de l’Église d’aujourd’hui n’est plus celle des premiers chrétiens ?

3. L’unique différence entre Pierre et Paul est dans le fait que Pierre était envoyé aux Juifs, tandis que Paul – l’avorton des apôtres – avait été envoyé aux Gentils. « Car Celui qui avait agi en Pierre pour faire de lui un apôtre des circoncis avait pareillement agi en moi en faveur des païens » (Galates 2.8).

Voilà donc l’unique distinction, reconnue par la Bible, entre Paul et Pierre.

B) Pas de successeurs à Pierre.

Selon la Bible, l’activité de Pierre est liée à la fondation de l’Église, comme l’est toute activité des apôtres. L’Église est en effet bâtie sur le fondement des apôtres-prophètes (Éphésiens 2.20). C’est dans cette fonction que Pierre aurait une place de prééminence. Après la fondation de l’Église, c’est seulement la construction de l’Église qui s’accomplit. Les catholiques font, au contraire, une confusion entre la construction et la fondation, qui est quelque chose d’unique et se fait seulement au commencement d’un bâtiment ; avant de commencer la construction, on pose la fondation. Après, c’est le même fondement qui subsiste.

Paul a posé le fondement, les autres édifient sur le fondement déjà posé et ne peuvent le modifier. « Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, tel un bon architecte, j’ai posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit. De fondement en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, à savoir Jésus-Christ » (1 Corinthiens 3.10,11). Après les apôtres, on doit « combattre pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3). « Nous l’avons déjà dit, et aujourd’hui je le répète : si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Galates 1.8,9).

Il y a donc une distinction entre la construction et la fondation. La construction est bâtie sur le fondement déjà posé et qu’on ne peut pas changer. Pour changer le fondement, il faudrait auparavant démolir toute la construction. Le fondement reste le même aussi longtemps que la construction demeure.

1. Le fondement de l’Église a été posé une fois pour toutes par les apôtres. C’est au moment de la fondation qu’on a donné les règles fondamentales, et, sous la direction du Saint-Esprit, on a dû alors faire le plus grand travail. Après, les choses deviennent plus faciles.

Voici quelques comparaisons qui peuvent mieux expliquer la pensée précédente. J’ai visité à Stockholm la fondation Nobel, établie par l’inventeur de la dynamite. Avant de mourir, il a déterminé les conditions pour attribuer le prix au profit des œuvres littéraires, scientifiques et philanthropiques du monde. La commission actuelle ne fait pas de règles nouvelles mais choisit simplement les personnes qui répondent aux conditions nécessaires pour jouir de ce prix.

Jésus nous a acheté par son sang à Golgotha le salut éternel. Il a dirigé les apôtres par son Esprit afin de pouvoir nous indiquer les conditions nécessaires pour participer aux fruits de son amour et de sa grâce. C’est ce qu’ils ont fait au commencement de l’Église. Quand les hommes accomplissent encore aujourd’hui les conditions nécessaires, ils reçoivent le pardon de leurs péchés et le salut éternel. Avant que l’avion ne démarre, le pilote doit beaucoup travailler ; il doit établir sa route. Mais quand cette route est déterminée, il peut se reposer et laisser la direction de l’avion au pilotage automatique. Il doit intervenir seulement quand il veut changer la route, autrement c’est le mécanisme qui agit à la place du pilote.

Les apôtres ont fixé d’avance la direction, la route de l’Église, quand l’Église a démarré il y a 1 900 ans. Maintenant elle marche selon les règles déjà fixées au commencement par les apôtres au nom de Jésus.

2. Ces normes, nous les trouvons encore aujourd’hui dans les pages inspirées des apôtres, et l’on doit leur obéir avec fidélité et humilité. Il n’y a lieu d’aucun changement, parce que, étant fixées sous la direction du Saint-Esprit, elles sont les meilleures règles et correspondent à la nature humaine qui ne change jamais. L’Église n’est pas une école. Elle porte un message du salut, qui est préparé pour tous ceux qui accomplissent les conditions annoncées par les apôtres. Son message n’est pas une invention des hommes qui va s’accroissant à travers les siècles ; mais c’est toujours le même message de salut en Jésus-Christ, unique Sauveur.

3. Pour cela la Bible n’a jamais parlé de successeurs de Pierre. Tandis que les théologiens catholiques donnent beaucoup d’importance à l’évêque de Rome qui serait le successeur de Pierre, la Bible au contraire ne dit même pas que Pierre soit allé à Rome. Elle nous présente Paul à Rome, mais ne dit rien du tout sur la fin ou l’activité de Pierre à Rome. Pour elle, la venue de Pierre à Rome – si Pierre y est allé – n’a donc pas d’importance.

Jamais la Bible – qui parle des évêques – ne dit que les évêques sont les successeurs des apôtres, ou que l’Église est bâtie sur les évêques, comme elle fut bâtie sur les apôtres.

Par l’histoire ecclésiastique, nous savons que jusqu’à l’an 150, il n’existait pas à Rome un seul évêque qui aurait pu être le successeur de Pierre. Il existait dans ces premiers temps un groupe d’évêques qui, ensemble et collectivement, dirigeaient la communauté romaine. Donc, on ne peut parler de successeurs personnels de Pierre. Les listes des premiers papes sont une supposition tardive en contradiction avec l’histoire.

C) Ce que Jésus confia à Pierre.

La mission de Pierre dont Jésus parle ici est sa place prédominante dans l’exercice des clefs au commencement de l’Église. En effet, les mots « Tu es Pierre » sont suivis de « je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ».

Les clefs sont en rapport, dans la pensée de Jésus, avec l’entrée dans l’Église ou bien l’élimination des personnes de l’Église. « Malheur à vous, légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés » (Luc 11.52). Pierre donc, ayant les clefs du royaume, doit les utiliser pour faire y entrer des personnes ou pour en empêcher d’autres d’y entrer.

L’emploi des clefs est en parallélisme avec les verbes « lier » et « délier » qui, tout en étant un privilège de l’Église (Matthieu 18.18), est indiqué ici comme étant un privilège spécial accordé à Pierre.

Que signifient ces verbes ? Ce sont des expressions idiomatiques sémitiques, dont la valeur est de déclarer quelque chose obligatoire (« lier ») ou non obligatoire (« délier »). L’engagement ou le vœu d’une jeune fille ou d’une femme sont appelés dans la Bible « un lien qui a été lié sur son âme » (Nombres 30.3). Ce lien pouvait être enlevé (ou « délié ») par le père ou l’époux.

Comment Pierre a-t-il exercé ce pouvoir, cette mission de lier et de délier ? Jésus ne le dit pas dans sa prophétie ; mais dans le livre des Actes, je trouve l’accomplissement de la prophétie de Jésus. C’est donc par les Actes que nous pouvons vérifier l’actualisation de la mission que Jésus a confiée à Pierre. Celui qui obéit à ce qui a été lié ou délié par Pierre au commencement de l’Église entre dans le Royaume des cieux et peut recevoir le salut de Dieu.

IV. Pierre lie et délie

On peut dire que Pierre a délié la circoncision et a lié, ou déterminé une fois pour toutes, ce qu’on doit accomplir pour devenir membre de l’Église, le corps du Christ.

A) Pierre a délié la circoncision.

Pierre, guidé par le Saint-Esprit, délia les chrétiens venant du paganisme de l’obligation de la circoncision.

« Pierre parlait encore quand l’Esprit-Saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole. Et tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits de voir que le don du Saint-Esprit avait été répandu aussi sur les païens. Ils les entendaient en effet parler en langues et magnifier Dieu. Alors Pierre déclara : Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint aussi bien que nous ? Et il ordonna de les baptiser au nom de Jésus-Christ. » (Actes 10.44-48)

Quand les chrétiens juifs apprirent que les païens, non circoncis, avaient été baptisés, ils reprochèrent à Pierre d’être entré chez les incirconcis et d’avoir mangé avec eux. L’apôtre dut leur expliquer comment les choses s’étaient passées et comment il avait été guidé par le Saint-Esprit : « Qui étais-je, moi, pour faire obstacle à Dieu ? », leur dit-il. Ces paroles les apaisèrent et ils glorifièrent Dieu en disant : « Ainsi donc, aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à la vie » (Actes 11.18). C’est donc par Pierre que les païens, sans passer par la circoncision, entrèrent dans l’Église.

Ce rôle de Pierre avait été prophétisé, comme le reconnaît Pierre lui-même. « Frères, vous le savez : dès les premiers jours, Dieu m’a choisi parmi vous pour que les païens entendent de ma bouche la parole de la Bonne Nouvelle et embrassent la foi » (Actes 15.7). Celui donc qui aujourd’hui veut nous imposer les lois judaïques comme condition pour être de vrais chrétiens, celui-là veut nous obliger à accepter quelque chose qui a été déliée pour toujours par Pierre. Il ne peut pas être approuvé par Dieu, puisque Dieu nous dit par la bouche de Jésus qu’il délie à jamais ce que Pierre – et avec lui les autres apôtres – ont délié.

B) Ce que Pierre a lié pour toujours.

Pierre a aussi lié, c’est-à-dire fixé pour toujours, ce qui est nécessaire pour entrer dans l’Église, qui s’abrège en trois mots : foi, repentance, baptême.

1. La foi.

Pierre, le jour de la Pentecôte, dit aux Juifs qu’il est nécessaire d’avoir la foi avant d’entrer dans l’Église et d’être baptisé. Sans la foi il est en effet impossible d’être revêtu du Christ et plaire à Dieu (Galates 3.26,27; Hébreux 11.6). Pour convertir les Juifs, il a prêché le Christ, il a enseigné sa mort, sa résurrection, et sa glorification auprès du Père.

« Jésus le Nazaréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, ainsi que vous le savez vous-mêmes, cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies, mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant des affres de l’Hadès… Dieu l’a ressuscité, ce Jésus ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit-Saint, objet de la promesse, et l’a répandu… Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié. » (Actes 2.22-24,32,33,36)

Dans toutes les religions de l’Orient, il y avait l’idée d’un dieu qui meurt et ressuscite. C’était chez les Égyptiens Isis et Osiris, chez les Phrygiens Atthis, chez les Syriens Adonis et chez les Perses Pithra. Tous ces dieux mourant et ressuscitant étaient le symbole de la nature qui meurt et ressuscite. Seul Jésus est une personne vivante, que les apôtres ont vue et avec laquelle ils ont mangé ensemble (Actes 10.41). Tous les dieux des païens, au contraire, reculaient dans le temps, et personne ne les avait jamais vus. Voilà la grande différence entre la religion chrétienne et les religions païennes.

Cette foi était demandée à tous ceux qui voulaient se faire baptiser. Quand le ministre des finances de la reine de Candace demanda à Philippe : « Voici de l’eau. Qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? », le diacre lui dit : « Si tu crois de tout ton cœur, c’est permis. » Celui-ci répondit : « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu » (Actes 8.36,37). Seulement après cette confession de foi, tous deux descendirent dans l’eau, et Philippe baptisa l’eunuque. C’était la pratique du commandement de Jésus : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » (Marc 16.16).

Dans les premiers jours du christianisme, on ne baptisait pas les enfants, mais seulement des adultes croyants et repentants. Voilà donc ce qui a été lié par Pierre – et ensuite par les autres apôtres – dès le jour de la Pentecôte. Ceci a été donc approuvé par Dieu, et l’on ne peut le changer dans le cours des siècles. Le baptême des enfants, qui est donné aux personnes qui ne comprennent rien, n’est donc pas approuvé de Dieu. En effet, jamais les apôtres n’ont baptisé des enfants, bien que les apôtres fussent guidés par le Saint-Esprit qui était descendu sur eux le jour même de la Pentecôte.

2. La repentance.

Aux Juifs qui lui demandèrent : « Frères, que devons-nous faire ? », Pierre répondit : « Repentez-vous ! » (Actes 2.37,38). Pour bien comprendre ce qu’est la repentance, ou le repentir, il faut réfléchir sur les considérations suivantes :

a) Chaque péché met notre personne, notre intelligence, notre volonté à la place de la personne, la sagesse et la volonté de Dieu. C’est choisir ce qui nous plaît et non ce que Dieu veut. C’est suivre notre volonté, mais non la volonté divine. C’est nous mettre à la place de Dieu. La promesse de Satan au commencement n’était-elle pas : « Vous serez comme Dieu » (Genèse 3.5) ?

b) La repentance est un changement de notre esprit ; c’est rechercher, comme notre propre nourriture, la volonté de Dieu. C’est répéter la parole de Jésus en face de sa mort douloureuse : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ! » (Luc 22.42). Si Jésus s’était rebellé à sa mort, il aurait péché puisqu’il aurait choisi sa propre volonté et non la volonté de Dieu. Ayant accompli la volonté de Dieu, l’amour divin eut le triomphe sur la mort. L’humanité nouvelle des fils, ou enfants, de Dieu a commencé avec Jésus.

c) Voilà donc la signification du mot grec metanoia, qui implique un changement, un retournement de l’esprit, que rendrait le mot français « conversion » si l’on pouvait lui donner son sens de jadis. « Par beaucoup d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait : Sauvez-vous, disait-il, de cette génération dévoyée » (Actes 2.40). C’est pour cela que le christianisme est une proclamation de « la repentance en vue de la rémission des péchés » (Luc 2.47). C’est encore pour cela que chaque discours des apôtres se termine par un appel à la repentance pour obtenir le pardon des péchés (Actes 3.19,26; etc.). Cette « repentance » ou « conversion » doit continuer durant toute la vie, comme bien expliqué par Paul quand il écrit :

« Dès lors, plus de mensonge… que celui qui volait ne vole plus ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler de ses mains, au point de pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux. De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent… Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes… Quant à la fornication, à l’impureté, sous toutes ses formes, ou encore à la cupidité, que leurs noms ne soient même pas prononcés parmi vous… Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur ; conduisez-vous en enfants de lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute bonté. » (Éphésiens 4.25–5.9 passim)

La vie chrétienne est donc une repentance continuelle. Le baptême doit être une conséquence de la foi et de la repentance. Il doit suivre, et non précéder, ces deux actions. Il ne peut pas être administré aux enfants incapables de foi et de repentance et qui d’autre part n’ont pas de péchés personnels dont ils doivent se repentir.

3. Le baptême chrétien.

Pierre, après avoir lié la foi et la repentance, a lié encore le baptême et l’a indiqué comme étant l’acte par lequel nous obtenons la rémission des péchés.

« Que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit… Eux donc, accueillant sa parole, se firent baptiser. Il s’adjoignit ce jour-là environ trois mille âmes » (Actes 2.38,41).

Le baptême, par son symbolisme, consistant dans l’immersion et l’émersion de l’eau, est en effet la répétition – symbolique naturellement – de l’ensevelissement et de la résurrection de Jésus-Christ. Chaque baptême est le vendredi de la mort de Jésus et le dimanche de sa résurrection, parce qu’il nous unit à la mort, à l’ensevelissement et à la résurrection du Christ. « Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi une vie nouvelle » (Romains 6.4). La Bible catholique de Jérusalem a bien commenté ces mots de Paul :

« La plongée, sens étymologique de baptiser par immersion dans l’eau, ensevelit le pécheur dans la mort du Christ, d’où il sort comme « nouvelle créature, » « homme nouveau, » « membre du Corps unique animé de l’Esprit unique »… Il est aussi présenté… comme un bain qui purifie (Éphésiens 5.26; Hébreux 10.22 cfr ; 1 Corinthiens 6.11; Tite 3.5), comme une nouvelle naissance (Jean 3.5; Tite 3.5; 1 Pierre 1.3; 2.2). » (p. 1498)

« Que devons-nous faire ? » me demandez-vous. Pierre vous répond : « Avez-vous la foi ? Bien ! Alors, repentez-vous. Vous êtes-vous repenti ? Bien ! Alors que chacun de vous se fasse baptiser pour la rémission des péchés. »

J’accepte. Alors ma foi est vraie ; alors j’accomplis la volonté de Dieu. Je refuse ; alors ma foi est vaine, ma repentance n’est pas sincère, puisque je préfère ma volonté à la volonté de Dieu. Je suis encore enfant d’Adam qui se rebella au commandement de Dieu. Je ne suis pas encore dans l’humanité nouvelle qui a pour son chef celui qui par obéissance a livré sa vie jusqu’à la mort de la croix et qui est devenu source de vie pour tous ceux qui lui obéissent.

« (Jésus) tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel. » (Hébreux 5.8,9)

4. Quelques conséquences.

Aujourd’hui il y a des soi-disant chrétiens qui baptisent les enfants qui n’ont ni la foi ni la repentance. Pierre leur ferme la porte. C’est par la foi et la repentance suivies par le baptême chrétien qu’on doit entrer dans le royaume. L’eau, en elle-même, n’a aucune valeur magique ; c’est seulement la foi qui agit par le baptême et qui lui donne son efficacité.

Quelques-uns disent : « J’ai la foi, c’est suffisant. Celui qui croit en Jésus a la vie éternelle. Je suis dans l’Église, je suis chrétien. Le baptême est seulement un rite extérieur, une coutume de ce temps-là qui n’est pas obligatoire pour moi aujourd’hui. »

Pierre leur ferme la porte ! C’est par le baptême que ma foi devient obéissante et accomplit son but ; c’est par le baptême que ma repentance me fait revêtir la nouvelle nature, semblable à celle du Christ. Et Dieu confirme à jamais ce que Pierre a établi.

Quelques autres disent : « Bien, je me fais baptiser avec quelques gouttes d’eau seulement. Le bain, l’immersion et l’émersion, sont choses indifférentes en elles-mêmes. On ne doit pas suivre si littéralement la Parole de Dieu. »

Pierre ferme la porte ! Il a dit en effet : « Que chacun de vous se fasse baptiser, c’est-à-dire immerger, plonger dans l’eau. » Pourquoi changer ce qui a été établi à jamais ? Ce que Pierre a dit a été lié pour toujours par Dieu et personne sur la terre n’a le pouvoir de le changer. Ce n’est pas que l’immersion, par elle-même, soit importante. Le bain en lui-même n’est pas important ; l’eau – soit-elle peu ou beaucoup – n’a aucun pouvoir de nous purifier. Ce qui importe est tout simplement l’obéissance. C’est par l’obéissance que ces choses, insignifiantes en elles-mêmes, deviennent importantes. C’est par cette obéissance – qui n’est pas une action méritoire, mais tout simplement l’accomplissement d’une condition afin que le sang du Christ nous purifie de nos péchés – c’est par cette obéissance que nous agissons comme de petits enfants suivant la volonté du Père. « C’est bien, bon et fidèle serviteur ; en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai ; entre dans la joie de ton Seigneur » (Matthieu 25.21). Quand nous refusons d’obéir, n’est-ce pas une indication que nous suivons encore notre volonté, et non la volonté de Dieu ?

Voilà donc comment nous pouvons être dans la vérité. Non parce que, par une liste de successeurs, nous pouvons remonter jusqu’aux temps de l’apôtre, mais parce que nous suivons encore aujourd’hui ce que Pierre a délié ou lié à jamais dans sa prédication, ce que nous lisons dans la Parole de Dieu, qui, dans ce cas, est simple et très claire. Qui est plus proche de la vérité : celui qui obéit aux changements effectués par des hommes, ou celui qui, sans discuter, obéit encore aujourd’hui à ce que Pierre a établi pour toujours et qui a été inspiré par Dieu lui-même ? Qu’on se rappelle la parole de Jésus-Christ :

« Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 7.21)