La démangeaison d’entendre des choses agréables

Les lecteurs de la Bible se souviendront d’Achab, roi d’Israël, comme d’un homme faible et sans convictions profondes qui périt misérablement dans son char de guerre, parce qu’il avait absolument voulu livrer bataille aux Syriens, et cela, malgré les avertissements de Michée, le prophète de Dieu.

Les prophètes étaient à cette époque les porte-parole de Dieu. L’Épître aux Hébreux, dans le Nouveau Testament, nous dit dans son tout premier chapitre :

« Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils. » (Hébreux 1.1,2)

Aussi les rois d’Israël étaient-ils entourés de prophètes qu’ils consultaient volontiers chaque fois qu’il s’agissait de se lancer dans une quelconque entreprise ou de prendre une grave décision.

Revenons à présent à Achab, le roi d’Israël. Il s’agissait précisément pour lui de savoir si l’Éternel lui serait favorable dans son entreprise contre les Syriens. Or, Achab avait une véritable cour de prophètes au nombre de quatre cents. (Cet épisode est rapporté dans le second livre des Chroniques, au chapitre 18.) Ces prophètes agissaient envers Achab comme de véritables courtisans – hypocrites, flatteurs et serviles. Ils se souciaient fort peu de lui transmettre les décisions de Dieu. En fait, c’étaient de faux prophètes qui savaient l’art de dire au roi ce qu’il désirait entendre et lui taire tout ce qui aurait pu lui déplaire.

C’est ainsi que tous, dans une unanimité touchante, déclarèrent au roi Achab qu’il pouvait sans crainte se lancer contre les Syriens, car l’Éternel avait décidé de les livrer entre ses mains.

C’était précisément ce que le roi voulait entendre.

Achab avait consulté tous les prophètes disponibles, sauf un. Oui, avoue Achab, « il y a encore un homme par qui l’on pourrait consulter l’Éternel ; mais je le hais, car il ne me prophétise rien de bon, il ne prophétise jamais que du mal : c’est Michée, fils de Jimla » (2 Chroniques 18.7). Sur les instances de son ami et allié du moment, Josaphat, roi de Juda, Achab consentit, bien à contrecœur, à entendre l’avis de Michée. Celui-ci prédit que l’expédition tant convoitée serait un désastre.

Terriblement contrarié, le roi fait emprisonner le prophète et part attaquer les Syriens. Une flèche tirée au hasard l’atteindra au défaut de la cuirasse. Il agonisera jusqu’au soir et mourra, sûrement non sans s’être souvenu de la déclaration solennelle et terrible du prophète Michée : « Si tu reviens en paix, l’Éternel n’a point parlé par moi. » La Bible ajoute que « lorsqu’on lava le char à l’étang de Samarie, les chiens léchèrent le sang d’Achab, et les prostituées s’y baignèrent, selon la parole que l’Éternel avait prononcée » (1 Rois 22.28,38).

L’événement que nous venons d’étudier appartient au passé, mais l’attitude qu’il décrit sera toujours moderne, parce que c’est une attitude humaine. En effet, elle est maintes et maintes fois répétée aujourd’hui. N’avons-nous pas caricaturé la religion du Christ par nos interprétations et nos opinions personnelles ? Ne l’avons-nous pas accommodée à notre goût ? N’avons-nous pas souvent fait violence au sens véritable des Écritures pour en émousser le tranchant par trop inconfortable ?

Écoutons cette exhortation de l’apôtre Paul au jeune prédicateur Timothée :

« Je t’en supplie devant Dieu et devant Jésus-Christ qui doit juger les vivants et les morts et au nom de son apparition et de son royaume, prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant. Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité et se tourneront vers les fables. Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l’œuvre d’un évangéliste, remplis bien ton ministère. » (2 Timothée 4.1-5)

C’est en réalité une prophétie que nous venons de lire, une prophétie qui s’accomplit fidèlement chaque jour. Il faut malheureusement constater que les hommes ne supportent plus la saine doctrine, parce qu’ils la trouvent trop exigeante. Au lieu de vivre l’Évangile, le monde tente désespérément d’adapter cet Évangile immuable dans le seul but impie d’éviter que la foi ne devienne un obstacle à ses propres conceptions. C’est « l’Évangile » revu et corrigé, extrêmement élastique, qui tolère tout, qui comprend tout, qui explique tout, qui justifie et pardonne tout – pourvu qu’on soit « sincère » !

Le purgatoire et la prière pour les morts

Prenons quelques exemples où les hommes, tant des protestants que des catholiques, se détournent de la vérité pour se tourner vers des faussetés.

Une « chose agréable » que beaucoup ont la démangeaison d’entendre, c’est qu’il y a la possibilité d’aider nos bien-aimés qui n’étaient pas en règle avec Dieu au moment de leur mort. Beaucoup de religions proposent que les vivants puissent faire des prières, donner de l’argent ou accomplir diverses cérémonies pour que ces défunts atteignent un état favorable dans l’au-delà. Chez les catholiques, ces pratiques sont liées à la doctrine du Purgatoire, qui décrit un lieu où ceux qui étaient « imparfaitement purifiés » de leurs péchés « souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel » (Catéchisme de l’Église catholique, ¶1030). Chez les mormons, on peut se faire baptiser pour des parents qui sont morts sans avoir entendu et accepté le message de l’Église des saints des derniers jours. Certes, personne ne trouve de plaisir dans la pensée qu’un être cher soit mort sans espérance, sans autre possibilité de se repentir et de recevoir le pardon. Mais que dit la Parole de Dieu ?

Dans l’histoire de l’homme riche et Lazare que Jésus raconte en Luc 16.19-31, il nous donne un aperçu de l’état de ceux qui sont déjà morts et qui attendent le jugement dernier. (Nous savons que le jugement dernier n’avait pas encore eu lieu dans le récit, car l’homme riche s’inquiétait pour ses cinq frères et voulait qu’ils se repentent, avant qu’il ne soit trop tard, afin de ne pas le rejoindre dans le tourment.) Étant dans le séjour des morts, l’homme riche souffrait déjà, et Lazare, dans « le sein d’Abraham », était déjà consolé des souffrances qu’il avait endurées pendant sa vie. Dieu, qui ne fait pas d’erreurs, avait mis chacun dans les conditions appropriées pour attendre la résurrection, et ces âmes ne changeraient pas de place, quel que soit le temps qui passerait sur la terre. Abraham expliqua à l’homme riche : « D’ailleurs, il y a entre nous et vous un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous, ou de là vers nous, ne puissent le faire » (Luc 16.26). Jésus ne parla d’aucun lieu temporaire de châtiment ou de purification, d’où une personne sortirait tôt ou tard.

Nous ne pouvons pas obéir à Dieu pour ceux que nous aimons ; nous ne pouvons que faire de notre mieux pour les influencer dans le bon sens. Mais il arrive un moment où il est trop tard pour nous de les influencer et trop tard pour eux de se laisser influencer par nos paroles, nos exemples et notre amour. Ce moment, c’est la mort. Hébreux 9.27 nous avertit : « Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement. »

Le jugement en question sera basé entièrement sur les décisions que nous prenons et les actes que nous posons pendant que nous sommes dans notre corps physique, c’est-à-dire avant notre mort. Notre justification dépendra de la foi obéissante que nous aurons exprimée personnellement durant notre vie sur terre.

« Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura fait, étant dans son corps. » (2 Corinthiens 5.10)

Si, après ma mort, mes enfants, ma veuve ou mes frères en Christ font des prières en ma faveur ou posent des actes de charité à mon nom, cela ne pourra pas figurer dans ma récompense dans l’au-delà. Ce que je recevrai dépendra de ce que j’aurai fait de mon vivant.

L’Évangile de la prospérité

Une autre « chose agréable » que beaucoup, surtout dans les milieux africains, ont la démangeaison d’entendre, c’est ce qu’on appelle parfois l’Évangile de la prospérité, l’idée qu’un enfant de Dieu ne doit pas souffrir de la pauvreté, la maladie, l’échec, etc., à moins que ce soit pour un temps assez limité. Certains prédicateurs affirment que la vie « normale » d’un homme juste, c’est une vie de succès matériel. Si quelqu’un n’a pas une vie d’abondance, il a besoin de se repentir, ou il a besoin d’être délivré d’un démon ou d’une malédiction qui l’empêche de prospérer. Croyant avec raison que Dieu possède toutes choses, sachant qu’il aime ses enfants, ils estiment que Dieu ne peut pas manquer de bénir matériellement ceux qui lui obéissent. On raisonne très simplement de cette façon : en tant que chrétiens, nous sommes les fils du grand Roi ; notre Père a tout à sa disposition. Accepterait-il de laisser souffrir ses enfants, de les abandonner à la pauvreté ? Quel roi agit de cette façon à l’égard de ses fils et ses filles ?

C’est un message séduisant, n’est-ce pas ? Mais si nous voulons savoir ce qui peut faire partie de la volonté de Dieu pour ses fils et filles que nous sommes, il serait bien de considérer sa volonté pour son « Fils unique », Jésus-Christ. Il était Fils du roi encore plus que nous. Quelle a été son expérience sur la terre ?

Selon les prophéties de l’Ancien Testament, le Christ serait « méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance » (Ésaïe 53.3). Les Juifs ont eu du mal à accepter cette idée ; ils s’attendaient à un roi glorieux, un chef militaire qui les délivrerait de l’oppression politique. L’apôtre Paul dit en 1 Corinthiens 1.23 : « Quant à nous, nous annonçons le Christ cloué sur la croix : c’est un message scandaleux pour les Juifs et une folie pour les non-Juifs. »

Ce n’est pas que les seules souffrances de Jésus seraient celles de la croix. Ésaïe avait dit qu’il serait « habitué à la souffrance » (Ésaïe 53.3). Nous savons tous qu’il est né dans des circonstances très humbles, couché dans une crèche, c’est-à-dire une mangeoire pour les bêtes. Il est né dans une famille très pauvre. Luc 2.24 nous dit que, lorsque ses parents le présentèrent au temple pour le consacrer au Seigneur, en conformité à la loi de Moïse, ils offrirent en sacrifice deux petits oiseaux, ce qui était prescrit pour ceux qui n’avaient pas les moyens d’acheter un agneau (Lévitique 12.8). Étant adulte, Jésus a continué de mener la vie d’un pauvre, même jusqu’à sa mort. Les soldats qui crucifiaient les condamnés avaient l’habitude de se partager leurs biens. Quant à Jésus, les seuls biens qu’ils eurent à partager étaient les habits qu’il portait (Marc 15.24).

Jésus a donc souffert, mais n’a-t‑il pas souffert à notre place, pour que nous ne souffrions pas ? Oui, il a souffert pour que nous ne souffrions pas éternellement en enfer ; mais quant à la souffrance sur la terre, laissons parler la Bible :

« Si vous supportez la souffrance lorsque vous faites ce qui est bien, c’est une grâce devant Dieu. Et c’est à cela que vous avez été appelés, parce que Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces. » (1 Pierre 2.20,21)

Paul dit aux chrétiens de la ville de Thessalonique qu’il leur avait envoyé Timothée pour les exhorter, « afin, dit-il, que personne ne soit ébranlé au milieu des tribulations présentes ; car vous savez vous-mêmes que nous sommes destinés à cela » (1 Thessaloniciens 3.3).

D’autres exemples

Les exemples de la tendance des hommes de se détourner de la saine doctrine pour faire ce que la majorité désire abondent :

  • On permet aux femmes de conduire l’adoration ou d’occuper des positions d’autorité dans l’Église, malgré les défenses catégoriques dans le Nouveau Testament (1 Corinthiens 14.33-37; 1 Timothée 2.11-14).
  • On détourne l’oreille de la vérité à l’égard du châtiment de Dieu, de la géhenne ou de l’enfer, auquel on ne veut plus croire. Un sermon sur l’enfer n’est plus tellement goûté aujourd’hui, parce qu’il indispose et qu’il ne correspond plus à ce qu’on attend d’un prédicateur moderne.
  • On prêche l’idée qu’une fois sauvée, une personne ne peut jamais perdre le salut, quel que soit son comportement.

Semblables à Achab, le roi d’Israël, les hommes ont la démangeaison d’entendre des choses agréables. Ils ne veulent pas écouter ce qu’ils doivent écouter, mais uniquement ce qu’il leur plaît d’entendre, et surtout en matière de religion.

Chers amis, pourquoi ne pas examiner avec lucidité ce que nous avons jusqu’à présent suivi aveuglément ? Il est vrai que la vérité est souvent indésirable parce qu’elle gêne notre confort, elle menace la paix de notre conscience, elle est trop révolutionnaire dans son essence.

La Bible n’est pas une relique. Elle est la révélation de Dieu aux hommes. C’est par elle que nous entendons la voix de Dieu. C’est donc elle seule qui peut nous conduire au salut. Apprenons à consulter le livre de Dieu ; lui seul peut nous dire si nous sommes dans la vérité ou si nous nous en sommes dangereusement écartés.

Richard ANDREJEWSKI,
adapté par Barry BAGGOTT