L’apôtre Paul écrit en Galates 6.14 :
« Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d’autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde ! »
Un cantique de Ruben Saillens, beaucoup apprécié, dit :
« Seigneur, que n’ai-je mille voix
Pour chanter tes louanges,
Et faire monter jusqu’aux anges
Les gloires de ta croix. »
On peut facilement associer à la croix – cet instrument de torture et de mort réservé en général pour les criminels, les esclaves rebelles, et d’autres membres méprisés de la société – l’idée de la honte, de la douleur et même de la malédiction (Galates 3.13). Mais pourquoi employer le mot « gloire » en parlant de la croix ? Pourquoi se glorifier d’elle ?
Le plus souvent, les auteurs du Nouveau Testament emploient le mot « croix » pour se référer tout simplement à l’objet physique employé par les Romains pour mettre certaines personnes à mort, comme ils l’ont fait pour Jésus. Le Seigneur lui-même l’emploie pour représenter les souffrances que des hommes devaient accepter s’ils voulaient être ses disciples : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive » (Luc 9.23). Mais l’apôtre Paul emploie le mot souvent comme synonyme de la mort de Jésus pour nos péchés. C’est un exemple de métonymie, la figure de style qui utilise un mot à la place d’un autre à condition qu’il y ait un lien logique entre ces deux mots. Cet emploi figuré du mot « croix » se trouve uniquement dans les écrits de Paul. D’ailleurs, le mot n’est pas utilisé du tout, ni de façon littérale ni de façon imagée, dans les épîtres de Jacques, Pierre, Jean ou Jude.
Mais Paul parle de l’Évangile comme « la prédication de la croix » (1 Corinthiens 1.18). Et quel était ce message qu’il prêchait ?
« Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu’il a été enseveli, et qu’il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. » (1 Corinthiens 15.3,4)
L’homme ne pouvait pas se sauver lui-même par l’observation de la loi de Moïse, avec ses prescriptions concernant la circoncision, les aliments, les sabbats et tout le reste. Le sang des taureaux et des boucs ordonné par l’ancienne alliance ne pouvait pas ôter les péchés (Hébreux 10.4). Il a fallu l’unique sacrifice de Jésus sur la croix. « Celui qui n’a point connu le péché, [Dieu] l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu » (2 Corinthiens 5.21).
La mort de la croix
Le fait que Jésus soit mort pour nous pécheurs est déjà difficile à concevoir ; il est tellement saint et élevé, l’objet légitime de l’adoration du ciel et de la terre. Et nous, les êtres humains, nous sommes indignes, souillés par nos péchés, spirituellement morts par notre propre faute, repoussants à nous-mêmes et sûrement davantage aux yeux d’un Dieu parfaitement saint. Comment Jésus pourrait-il accepter de mourir pour des êtres comme nous ?
Mais ce n’était pas n’importe quelle mort. Pour accomplir le plan de Dieu pour notre salut, Jésus s’est rendu « obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix » (Philippiens 2.8). Voici une description qui mentionne juste quelques-uns des aspects horribles de cette mort :
« Imaginez la douleur de chaque coup, alors que le marteau s’abattait encore et encore, enfonçant le clou toujours plus profondément dans son poignet. (Dans la culture juive, les poignets étaient considérés comme faisant partie des mains.)
Ensuite, les soldats croisèrent ses pieds et y enfoncèrent un clou. On ne parvient même pas à concevoir une telle douleur.
Les soldats soulevèrent alors la croix et la laissèrent tomber dans un trou creusé à l’avance. C’est probablement à ce moment-là que, selon le Psaume 22.15, tous ses os se disloquèrent.
Et c’est alors que commença la lente agonie. Il se tenait là, exposé aux yeux du monde entier – nu, ensanglanté et mourant – sous le regard de ceux-là mêmes qu’il avait créés. Pour ajouter l’insulte à ses nombreuses blessures, les brigands crucifiés à ses côtés se mirent à se moquer de lui, tout comme les chefs religieux et la foule qui s’était rassemblée.
Respirer sur la croix n’est pas une mince affaire. Jésus devait pousser son corps vers le haut pour expirer et le laisser redescendre pour inspirer, raclant son dos ouvert et sanglant contre le bois brut de la croix, heure après heure. La douleur devait être atroce.
Enfin, après six heures de respiration torturée, la fin était proche. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : “Éloï, Éloï, lama sabachthani ? ce qui signifie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?” (Marc 15.34). Car, en cet instant précis, Jésus endurait l’agonie suprême. À ce moment-là, un frémissement traversa la Trinité, tandis que Dieu le Père tournait le dos à son Fils unique et déversait sa colère – sa fureur contre tous les péchés de l’humanité – sur Jésus. » (gregstier.org/the-unimaginable-suffering-of-jesus)
La mort du Christ sur la croix est la preuve ultime de l’amour de Dieu pour les pécheurs.
« Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. À peine mourrait-on pour un juste ; quelqu’un peut-être mourrait-il pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » (Romains 5.6-8)
Oui, le mot « croix » peut nous faire penser à la honte, la douleur et même la malédiction – que nous avions méritées – mais elle nous fait penser aussi à cet amour que nul ne peut mesurer. Chaque dimanche, lorsque les chrétiens prennent ensemble le repas du Seigneur, ils retournent dans leurs pensées à la mort de Jésus sur la croix. Sans cette mort et la résurrection qui l’a suivie le troisième jour, nous serions tous sans espoir. Mais grâce à ce que notre Seigneur a enduré sur cette croix, le pardon et la vie éternelle sont offerts à tous les hommes.
Et cette image mentale du Christ sur la croix est puissante. Paul l’avait employée quand il prêchait aux Galates, car il leur a écrit plus tard : « …vous, aux yeux de qui Jésus-Christ a été peint comme crucifié » (Galates 3.1). En effet, Jésus avait parlé de l’effet qu’aurait cette preuve de son amour :
« Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi. – En parlant ainsi, il indiquait de quelle mort il devait mourir. » (Jean 12.32,33)
La souffrance et la mort de Jésus pour nous sauver prouvent son amour et nous attirent. « Pour nous, nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier » (1 Jean 4.19). Voilà pourquoi Paul emploie le mot « croix » pour résumer le message qu’il prêchait. La gloire de la croix vient du fait que Dieu s’en servit pour démontrer la profondeur de son amour et pour nous conduire à la gloire (Hébreux 2.10).
Les scandales de la croix
Il est donc normal de parler de la gloire de la croix, mais Paul se réfère aussi au « scandale de la croix » (Galates 5.11). Le mot grec, skandalon, signifiait d’abord un piège ou un filet, mais il prit aussi le sens de tout obstacle placé sur le chemin et faisant trébucher ou tomber (d’où les traductions « pierre d’achoppement » ou « occasion de chute »). Alors qu’un piège serait placé normalement avec l’intention de prendre du gibier, quelque chose peut être une occasion de chute à cause de la prédisposition de la personne qui trébuche ou tombe. Ainsi, la faute n’est pas forcément dans la chose qui est un « scandale » pour quelques-uns. Paul dit en 1 Corinthiens 1.18 : « Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. »
Un scandale pour les Juifs
Là où l’apôtre Paul se réfère au scandale de la croix, il est question d’un problème qui touchait particulièrement les Juifs. Ces derniers s’opposaient partout à l’Évangile et suscitaient de la persécution contre ceux qui le prêchaient. En Romains 9 et 10, Paul explique que la plupart des Juifs rejetaient le Messie qu’ils avaient attendu depuis des siècles ; ils le rejetaient, au moins en partie, parce qu’ils voulaient forcément être rendus justes aux yeux de Dieu au moyen de la Loi de Moïse, en parvenant à satisfaire à ses exigences par leurs propres efforts. Ils voulaient un libérateur politique, mais ils ne pensaient pas avoir besoin d’un Sauveur spirituel pour les délivrer du péché. Et ils ne voulaient pas que ce Sauveur offre le salut aux païens sans que ces non-Juifs ne deviennent d’abord des Juifs.
« Les païens, qui ne cherchaient pas la justice, ont obtenu la justice, la justice qui vient de la foi, tandis qu’Israël, qui cherchait une loi de justice, n’est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu’Israël l’a cherchée, non par la foi, mais comme provenant des œuvres. Ils se sont heurtés contre la pierre d’achoppement, selon qu’il est écrit :
Voici, je mets en Sion une pierre d’achoppement
Et un rocher de scandale,
Et celui qui croit en lui ne sera point confus.[…]
Ne connaissant pas la justice de Dieu et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu ; car Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient. » (Romains 9.30-33; 10.3,4)
Dans leur opposition obstinée au plan de Dieu pour le salut, certains Juifs qui avaient quand même cru en Jésus, craignant la condamnation de leurs compatriotes, voulaient forcer les païens qui se convertissaient à se faire circoncire (devenir Juifs) afin d’être acceptés dans l’Église (voir Actes 15). Paul écrit à ces convertis gentils :
« Tous ceux qui veulent se rendre agréables selon la chair vous contraignent à vous faire circoncire uniquement afin de ne pas être persécutés pour la croix de Christ. » (Galates 6.12)
Ce n’était pas, en fait, le salut des croyants gentils qui préoccupait ces chrétiens juifs ; ils voulaient surtout se protéger de la persécution de la part de leurs frères juifs. L’imposition de la circoncision faisait croire qu’ils gagnaient des convertis au judaïsme. Par contre, la prédication de la croix de Christ « provoquait l’hostilité des Juifs, car elle supprimait la distinction et la prééminence nationale et plaçait le monde païen sur un pied d’égalité avec eux » (R. Johnson, La Lettre de Paul aux Galates).
Un scandale pour les Témoins de Jéhovah
L’une des doctrines distinctives des Témoins de Jéhovah est une opposition farouche à la croix – non à l’idée que Jésus fut réellement mis à mort, ni à l’idée que sa mort est le moyen par lequel Dieu délivre les hommes du péché. Ils s’opposent avec énergie à l’idée que Jésus fut attaché à une croix dans la forme que l’on a l’habitude de la voir représentée dans les églises et dans l’art, un bois qui ressemblait à une lettre « T » dont on aurait abaissé la branche transversale (soit un « t » minuscule). Ils se basent pour cette opposition sur un argument historique et un argument étymologique.
L’argument historique, c’est surtout le fait que, bien avant le temps de Jésus, des religions païennes employaient ou vénéraient la croix, dont la forme la plus simple est la rencontre de deux lignes se croisant à angles droits. Ils citent des exemples chez les Égyptiens, les Syriens, les bouddhistes en Inde et certains peuples d’Amérique avant l’arrivée des Européens. Les Témoins en tirent cette conclusion :
« Si vous appartenez à l’une des Églises de la chrétienté, vous a-t-on jamais appris que la croix est un symbole païen ? Si votre Église s’est abstenue de le faire, alors elle vous a caché la vérité. Elle vous a encouragé à vénérer un symbole qui, de l’aveu de tous, est païen. […] Si votre église est surmontée d’une croix et qu’elle utilise ce symbole dans ses offices religieux, cela prouve que le culte qu’on y pratique est païen. » (https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/1968084#h=8)
En fait, les Témoins commettent ce qui est appelé le sophisme « post hoc » en histoire culturelle : ce n’est pas parce qu’une société a pratiqué une chose à une époque donnée, et qu’une autre société, ultérieure, a pratiqué quelque chose de similaire, qu’il s’ensuit automatiquement que cette pratique ultérieure a été empruntée à la précédente, s’en est inspirée ou en est issue. D’ailleurs, le même argument fallacieux ferait rejeter et le baptême et la communion, car les documents historiques confirment que les rituels d’initiation et de purification par l’eau, aussi bien que des repas commémoratifs ou rituels, constituaient des pratiques bien établies dans le paysage religieux du Proche-Orient ancien et du monde méditerranéen.
Quant à l’argument étymologique, les Témoins prétendent :
« Le mot grec que les Églises ont traduit en français par “croix” est stauros, mais pour les rédacteurs de la Bible ce mot désignait, non pas la croix que les Églises présentent comme le symbole du christianisme, mais un simple poteau vertical. »
Ils ajoutent que le mot grec, xulon, qui est aussi employé dans le Nouveau Testament, signifie « poutre ». La Traduction du Monde Nouveau (la version des Témoins de Jéhovah) traduit le terme grec stauros comme « poteau de torture » plutôt que « croix ».
Il faut savoir que ces mots, indépendamment de leur contexte, ne nous indiquent pas exactement à quoi il est fait référence. Stauros signifie simplement qu’il s’agit de poteaux en bois, de rondins ou d’une structure assemblée à partir de poteaux en bois. Xulon signifie simplement qu’il s’agit d’un objet fait de bois. C’est le fait que ce terme ait été utilisé dans le contexte de la méthode d’exécution employée par les Romains à cette époque précise qui nous permet de déterminer de quel type d’objet il s’agit. Les Romains employaient différentes formes de croix pour la crucifixion, y compris la croix en tau qui était en forme de « T » majuscule, celle qui était en forme de X, et la croix latine, une croix dont la branche inférieure est plus longue que les autres. C’est cette dernière qui est la plus familière et c’est à elle que les sources post-apostoliques se réfèrent. Le fait qu’un écriteau avec les mots « rois des Juifs » fut placé au-dessus de la tête de Jésus (Matt. 27.37; Luc 23.38; Jean 19.19) milite contre le tau et la croix en X, et le fait que Thomas dit : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous » (clous étant au pluriel, Jean 20.25) milite contre l’idée d’un poteau, car dans ce cas, les mains auraient été mises ensemble et transpercées d’un seul clou.
La conception traditionnelle de la forme de la croix est sans doute la plus probable du point de vue historique, linguistique et biblique. Mais le plus important, c’est que Jésus, sans péché, a souffert la mort à la place de nous pécheurs pour nous racheter par son sang. Faire une fixation sur la forme de la croix crée inutilement du scandale pour les croyants. Mais en fin de compte, il semble possible que la position des Témoins soit une tentative malheureuse de répondre à un autre scandale lié à la croix, celui de faire d’une représentation physique de la croix une sorte de fétiche ou idole.
Un scandale pour les catholiques
Le Catéchisme de l’Église catholique dit :
« Le chrétien commence sa journée, ses prières et ses actions par le signe de la croix, “au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen”. […] Le signe de la croix nous fortifie dans les tentations et dans les difficultés. » (§2157)
L’origine du signe de la croix est inconnue, bien qu’il soit pratiqué déjà vers l’an 200. Toutefois, Tertullien, l’un de ses premiers défenseurs, ne prétendit pas que des hommes inspirés l’aient institué. Il écrivit :
« Si pour ces pratiques [le signe de la croix et d’autres] tu demandes une loi tirée des Écritures, tu n’en trouveras aucune. On te présentera la tradition comme auteur, la coutume comme confirmatrice. »
Cette citation de Tertullien s’accorde avec ce que l’Église catholique dit concernant la catégorie d’objets et de rituels qu’elle qualifie de « sacramentaux », une catégorie à laquelle appartiennent non seulement le geste qui est le signe de la croix, mais aussi les croix et les crucifix (des croix comportant une représentation du corps de Jésus-Christ qui y est fixé) qui ont été bénis par un prêtre.
« La sainte Mère Église a institué des sacramentaux, qui sont des signes sacrés par lesquels […] des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus par la prière de l’Église. » (§1667)
Selon le site catholicsacramentals.org :
« Les sacramentaux ne sont pas sans rappeler les sacrements en ce qu’ils sont des canaux de grâce et peuvent nous obtenir les bienfaits suivants : 1) grâces réelles ; 2) pardon des péchés véniels ; 3) rémission de la peine temporelle (Purgatoire) ; 4) santé du corps et bénédictions matérielles ; 5) protection contre les esprits mauvais. »
Quand on prétend que de tels objets ne sont pas comparables aux talismans chez les païens, certaines questions se posent naturellement. Étant donné qu’une amulette est un petit objet que l’on porte sur soi et auquel on attribue des vertus protectrices contre les maladies, les accidents, les sorts ou les influences néfastes, et qu’un talisman est un objet censé attirer des bénéfices spécifiques vers son porteur, comme la prospérité, la santé ou la réussite, peut-on réellement faire une distinction entre ces objets de la religion païenne et ceux qui sont préconisés dans le catholicisme ? Pour un observateur objectif, l’intention finale (rechercher une protection spirituelle via un objet physique) semble identique. Dans les deux cas, ils sont préparés rituellement pour leur conférer une action magique ou protectrice. Un magicien ou un sorcier consacre un talisman pour y « enfermer » un pouvoir ou lier un esprit, alors qu’un prêtre bénit une médaille ou une croix pour en faire un « sacramentel » en récitant des prières spécifiques sur l’objet.
On demande : « N’est-il pas normal de faire le signe de la croix et de mettre des croix et des crucifix un peu partout pour fixer notre attention continuellement sur cet événement crucial ? Surtout dans nos maisons et nos lieux de culte ? N’a-t‑on pas raison de faire ainsi ? Ne devrait-on pas s’incliner, faire la génuflexion ou baiser la croix, compte tenu de ce qu’elle représente pour nous ? »
Rappelons-nous que lorsque l’apôtre Paul parlait de « se glorifier de la croix », il ne se référait pas à une représentation physique, que ce soit en bois ou en or. Nous avons vu qu’il employait le mot « croix » comme métonymie pour désigner et évoquer la mort rédemptrice du Christ pour les pécheurs. Nulle part le Nouveau Testament ne parle de faire le signe de la croix sur soi-même, de porter une croix en pendentif ou en bijou, de prier devant une croix (qu’une statue de Jésus y soit attaché ou pas), ou de décorer sa maison ou son lieu de prière avec des croix.
Il est vrai que l’intention d’une action a beaucoup d’importance. Introduire une croix pour qu’elle joue un rôle quelconque dans le culte chrétien ne serait pas acceptable, étant sans autorité biblique. S’en servir pour repousser les esprits mauvais ou contribuer à la guérison d’un malade serait du fétichisme. Mais peut-être avez-vous une croix simplement pour orner votre corps, votre maison ou votre lieu de prière et vous rappeler en même temps ce que Jésus a fait pour vous, sans aucune pensée qui s’approche de l’idolâtrie. Reconnaissez pourtant la possibilité de contribuer à la confusion dans l’esprit de certains, qui voient cette croix comme un objet d’adoration. Paul dit en 1 Corinthiens 8.9 : « Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles. »
Dans l’Ancien Testament, Dieu punit les Israélites une fois en envoyant parmi eux des « serpents brûlants » dont la morsure était mortelle. Quand le peuple reconnut son péché et demanda à Moïse de prier pour lui, Dieu dit à Moïse de faire un serpent d’airain et de le placer sur une perche. Celui qui aurait été mordu par un serpent pourrait regarder le serpent d’airain et conserver sa vie (Nombres 21.4-9). Des siècles plus tard, le bon roi Ézéchias, dans ses efforts de faire disparaître les idoles dans le pays, « mit en pièces le serpent d’airain que Moïse avait fait, car les enfants d’Israël avaient jusqu’alors brûlé des parfums devant lui : on l’appelait Nehuschtan » (2 Rois 18.4). Un objet lié à une délivrance de Dieu était devenu un piège pour son peuple, un « scandale ». Tout en proclamant, comme Paul, les gloires de la croix, ne permettons pas à une représentation physique de la croix de devenir pour nous ou les autres un scandale.