Comment prier

« Jésus priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier. » (Luc 11.1)

C’est cette question des disciples de Jésus qui nous vaut ce modèle de prière que l’on appelle par ses premiers mots : le Notre Père. « Voici comment vous devez prier », dit Jésus.

« Notre Père, qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. » (Matthieu 6.9-13)

Voici donc un premier exemple de prière – le plus grand sans doute, puisqu’il nous vient du Maître même. Les disciples voulaient savoir comment ils pouvaient s’adresser à Dieu et ce qu’ils pouvaient attendre de lui en fait d’exaucement.

Dès le premier mot, le plus doux de cette prière, Jésus veut que ses disciples invoquent Dieu comme leur Père, car ils sont ses enfants. On l’a bien dit, en deux mots, « Notre Père », c’est déjà le résumé de tout l’Évangile, le dogme de la paternité divine en même temps que celui de la fraternité humaine, les fils d’un même père étant frères.

Le jour de sa résurrection, ne dira-t-il pas à Marie de Magdala :

« Va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20.17) ?

Il ne manquera pas une occasion de donner à ses disciples le goût de cette merveilleuse filiation.

C’est à Dieu seul que doivent s’adresser les prières

Doit-on insister sur le fait que c’est à Dieu seul que doivent s’adresser les prières des enfants de Dieu. Car lui seul peut exaucer, guérir, secourir, pardonner et sauver. Je suis navré de voir tant de personnes sincères adresser leurs prières ferventes à toutes sortes de personnages que les hommes ont déifiés et invoquer toutes sortes d’intercessions par d’innombrables « Priez pour nous », exceptée celle du Christ « l’unique médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Timothée 2.5; cf. Hébreux 4.14-16; 1 Jean 2.1; Jean 14.6).

Pourquoi ? Aux dires de certains, Dieu est si grand, il paraît si terrible, si inaccessible dans sa majesté qu’on n’ose pas le déranger. Pourtant, ce n’est pas un juge redoutable que Jésus est venu nous révéler. C’est avant tout un Père attentif à nos besoins et qui a préparé un grand salut depuis longtemps. « Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain ? » demande Jésus. « Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d’un poisson ? Ou, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? » (Luc 11.5-12). Et il conclut par ce trait de logique désarmant : « Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent » (Matthieu 7.7-11).

Il nous fallait ouvrir cette parenthèse. Elle nous servira d’ailleurs pour mieux comprendre comment nous devons prier. Autrement dit, quel doivent être le contenu de nos prières et la façon de prier ? Puisque Dieu est un Père, l’enfant peut se confier librement, avec assurance, spontanément, car il sait qu’il sera accueilli avec bienveillance et amour. Cette seule considération abolit déjà toute crainte et tout esprit de contrainte nuisibles à une saine relation entre le Père et l’enfant.

Souhaits, demandes et reconnaissance

Dans sa prière modèle, Jésus formule trois souhaits et fait trois demandes. Les trois souhaits concernent la glorification de Dieu, la venue de son règne et la soumission des hommes à sa volonté. Concernant la venue du royaume, nous pouvons dire que, dans un sens, ce souhait a été réalisé par l’établissement de l’Église, et l’installation du roi « à la droite de Dieu », mais on peut aujourd’hui formuler ce même souhait dans le sens du règne de Dieu dans le cœur de chaque homme. C’est d’ailleurs là le sens profond du royaume (Luc 17.21).

Les trois demandes concernent le pain qui nous est nécessaire aujourd’hui, le pardon de nos offenses et la délivrance dans l’épreuve.

La prière se termine par une reconnaissance de la gloire et de la toute-puissance de Dieu, de qui dépendent la création et les créatures.

Jésus a donc donné à ses disciples cette prière comme modèle. Cela ne signifie pas qu’il faille l’utiliser telle quelle en toutes circonstances. Cela signifie que toutes les prières des enfants de Dieu devront s’inspirer de ce modèle. Il faudra prier selon l’esprit de cette prière, pour éviter certaines attitudes qui répugnent à Dieu, comme celle du pharisien décrite en Luc 18.9-14, et de faire des requêtes qu’il ne peut pas exaucer. C’est ce que dénonce Jacques dans sa lettre (4.3) lorsqu’il dit :

« Vous demandez et vous ne recevez pas parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions. »

Jésus veut nous apprendre à bien demander.

On a parfois l’impression que certaines personnes se servent de la prière modèle de Jésus comme d’une formule magique pour écarter un péril ou soulager une douleur. Rien n’empêche évidemment qu’on utilise occasionnellement ces mêmes mots dans ce même ordre pour prier Dieu. Mais rien n’est plus nuisible à la spontanéité et à la sincérité, que de répéter plusieurs fois d’affilée, et tous les jours, en toutes circonstances, cette prière apprise par cœur.

C’est le cœur qui doit s’exprimer

Dans une prière, c’est le cœur qui doit s’exprimer. Si le cœur est heureux, qu’il rende grâces à Dieu. S’il est abattu, qu’il se confie en Dieu. S’il est éprouvé, qu’il cherche en Dieu son refuge. C’est ce que l’apôtre Paul a voulu dire lorsqu’il écrit :

« Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose, faites connaître vos besoins à Dieu. » (Philippiens 4.6)

Selon les circonstances, une prière jaillira du cœur et des lèvres. Là encore, Jésus nous donne un exemple à suivre.

Il suffit de lire le chapitre 17 de l’Évangile selon Jean, qui n’est qu’une longue prière que Jésus adresse à son Père en faveur de ses disciples et de ceux qui entendront leur prédication, car il vient de leur faire ses adieux. Aussi les paroles qu’il adresse à son Père n’ont-elles pas la sobriété du Notre-Père. Le contenu de la prière est différent, car les circonstances et l’état d’âme sont différents.

Dans le jardin de Gethsémané, nous le retrouvons en proie à une grande tristesse et à l’angoisse. Les événements qui l’attendent, la mission qu’il est venu remplir, la méchanceté des hommes – tout cela pèse sur lui plus lourdement que la croix qu’il portera demain. Son âme est « triste jusqu’à la mort ». Alors, dans une ferveur douloureuse, se jetant face contre terre, on l’entendra prier ainsi :

« Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Matthieu 26.39)

Et lorsqu’ils le crucifièrent et qu’il dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23.34) – n’était-ce pas aussi une prière, un cri de l’âme, une suprême intercession, un cri d’amour ?

Nous retrouvons chez les apôtres cette même spontanéité dans la prière dont le contenu est dicté par l’événement. Par exemple, lorsqu’ils doivent choisir le remplaçant de Judas, entre deux candidats, ils adressent à Dieu une prière pour qu’il les aide dans ce choix, lui « qui connaît les cœurs de tous » (Actes 1.23-25).

De même, lorsque les persécutions commencèrent à s’abattre sur la jeune Église, ils prendront Dieu à témoin et le supplieront de les aider puissamment (Actes 4.23-30).

N’oubliez pas d’exprimer la gratitude

Il faut avouer que nous avons trop tendance à considérer la prière comme le baume à appliquer exclusivement en cas de malheur, une sorte de solution de désespoir. Alors qu’elle devrait être une respiration naturelle de l’âme, c’est à une sorte de respiration artificielle que l’on procède.

Pensons-nous, chers amis, à dire merci – car c’est ce que signifie « rendre grâces » – pour les bénédictions banales, parce que quotidiennes, de la vie ? Pensons-nous à rendre grâces lorsque nous nous mettons à table ? Peut-être n’avons-nous pas assez de lucidité spirituelle pour reconnaître dans un simple repas un don de Dieu. Que dire du toit qui nous abrite ? de nos vêtements ? de nos amis ?

Ne sommes-nous pas souvent – pardonnez-moi l’image, mais je crois, hélas ! qu’elle est assez juste – comme ces porcs qui se gavent de glands avec avidité, le groin obstinément rivé à la terre, et qui ne pensent jamais à lever les yeux vers le chêne qui leur a donné leur nourriture ?

Je crois sincèrement que nous nous sentirons plus à l’aise dans nos prières, moins ennuyés au sujet de ce qu’il faut dire et de comment il faut le dire, lorsque nous aurons appris à dire simplement : « Merci, Seigneur, pour toutes ces choses si quotidiennes, si ordinaires, qu’elles passent inaperçues, mais dont la somme fait que la vie est bonne à vivre. »

Dieu merci ! C’est un premier pas. Or, nous commençons presque toujours par nous demander comment il faut dire : « Donne, Seigneur, donne. »

La prière est le privilège des enfants de Dieu !

Je voudrais préciser que la prière est surtout le privilège des enfants de Dieu. Certes, Dieu est notre Père du fait qu’il est notre créateur. Mais nous oublions en cela que le péché est venu tout gâcher. Or, c’est en Jésus-Christ que Dieu est venu recruter ses véritables enfants. Il faut donc devenir enfants de Dieu. Et cette possibilité, ce pouvoir, nous est donné en Jésus-Christ (Jean 1.11-13).

Dans un langage assez inattendu mais très expressif, l’apôtre Paul explique que pour être en Jésus-Christ, il faut s’unir à lui dans sa mort et dans sa résurrection, et ce, par la foi et le baptême (Romains 6.3,4).

« Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ », écrit-il aux Galates. « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. » (Galates 3.26,27; cf. 2 Corinthiens 5.17,18)

« Vous avez reçu un esprit d’adoption par lequel nous crions Père ! L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Romains 8.15,16)

Chers amis, j’espère de tout cœur que ces paroles s’adressent à vous. Si toutefois vous ne vous êtes pas intégrés à la famille de Dieu en Jésus-Christ, cela ne dépend plus que de vous.

Vous en connaissez les conditions – et c’est aujourd’hui qu’il faut se soucier de les remplir.