Le culte des premiers chrétiens

Cet article est un extrait du livre Un ancien prêtre vous parle.


Un jour, vers midi, fatigué de la rude montée qu’il gravissait, Jésus s’était tout bonnement assis auprès du puits de Jacob. Pendant qu’il se reposait, ses disciples allèrent chercher de la nourriture à la ville voisine de Sichem. Une femme de la province de Samarie survint, et Jésus s’entretint familièrement avec elle. La femme engagea avec lui une conversation sur un problème religieux. Tout près du puits se dressait la montagne de Garizim, où un temple avait été construit vers l’an 400 avant Jésus-Christ. Les Samaritains y célébraient leur culte, encore du temps de Christ, bien que le temple eût été détruit par Jean Hyrcan en l’an 129. Les Samaritains y célèbrent leur Pâque, jusqu’à nos jours.

D’un geste de la main, la femme désigna la montagne en disant :

« Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous dites : C’est à Jérusalem qu’on doit adorer. » (Jean 4.20)

Jésus saisit l’occasion de prophétiser sur le culte des temps nouveaux :

« Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… L’heure vient – et nous y sommes – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité, car ce sont là les adorateurs tels que les veut le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent adorer. » (Jean 4.21-24)

Adorer Dieu et le prier en esprit, c’est l’adorer et le prier de tout son cœur, de toute son âme, avec une pureté d’intention totale.

Le culte réduit à des pratiques seulement extérieures est la contrefaçon de la piété et de la prière.

Adorer Dieu « en vérité », c’est rendre le culte qui répond à la révélation qui nous a été donnée par Jésus-Christ.

La Bible à la main, nous allons maintenant voir les éléments constitutifs de ce culte, comme il était pratiqué dans les premiers jours de l’Église, pour les reproduire de nouveau aujourd’hui dans notre culte.

I. Les premiers chrétiens célébraient leur culte chaque dimanche

C’est la conclusion que nous pouvons tirer du passage en Actes 20.6,7, où nous lisons que Paul, bien que resté à Troas une semaine entière, participa au culte seulement « le premier jour de la semaine », à savoir notre dimanche. Voici ce que Luc nous dit en témoin oculaire : « Nous passâmes sept jours à Troas. Le premier jour de la semaine nous étions réunis pour rompre le pain. » Il fut donc nécessaire d’attendre le premier jour de la semaine pour rompre le pain. En ce temps, le culte était accompli le dimanche, qui se traduit proprement par « le jour du Seigneur ». La déduction que nous en tirons du texte en Actes est confirmée par les premiers textes historiques du christianisme, à savoir la Didaché (14:1) et Ignace (Ad Magnesium 9:1). Il est confirmé aussi par d’autres passages bibliques comme l’Apocalypse 1.10.

Voici ce que nous pouvons déduire du passage précité des Actes :

La réunion eut lieu dans une chambre haute commune où il y avait de la lumière en abondance. Les petites lampes en terre cuite fournissaient plus de fumée que de clarté ; elles échauffaient et alourdissaient l’atmosphère d’une salle remplie pendant un temps prolongé.

On comprend alors très aisément le cas de Fortuné – telle est la signification du nom grec Eutychus – qui, imprudent comme on l’est à son âge, pour jouir peut-être de la fraîcheur, s’assit sur la fenêtre sans souci du danger, y fut entraîné par le sommeil et tomba du troisième étage (ce qui peut être, à l’européenne, le deuxième, puisque nous ne comptons pas le rez-de-chaussée).

Il n’est pas nécessaire d’avoir un temple pour accomplir le culte chrétien. Les temples viennent du paganisme, parce qu’au 4e siècle on a voulu adopter ces lieux – qui auparavant étaient consacrés aux idoles – pour y accomplir le culte chrétien. Ce fut quand les empereurs Constantin et Théodose abolirent le culte païen qu’on commença à introduire dans les temples les images et les statues qui auparavant étaient considérées comme des usages païens.

Au début du christianisme, on ne se servait pas d’une croix ou d’une pierre renfermant des reliques pour constituer l’élément principal de l’autel, comme cela se pratique aujourd’hui. Je me rappelle que, quand j’étais chapelain des « Boy Scouts », je devais porter avec moi le crucifix et une petite table de marbre, assez lourde, renfermant des reliques, si je voulais célébrer ma messe en plein air. Cette sorte d’autel, mentionné pour la première fois par Irénée (Aduersus Hæreses, IV, 1, 6), fut imposé comme obligatoire en l’an 517 par le concile d’Épaone. Cet usage vient d’une coutume précédente de célébrer la messe sur le sépulcre des martyrs dans les catacombes, mais cela ne provient pas de la Parole de Dieu.

Qu’on se rappelle toutefois qu’en ce temps-là le dimanche n’était pas célébré par un repos. Pour ce qui concerne le repos, on peut faire les observations suivantes.

1. Au commencement du christianisme, on peut supposer que les chrétiens de Jérusalem continuaient à célébrer le sabbat. Ils fréquentaient le temple judaïque et jouissaient de la faveur de tout le peuple (Actes 2.46,47). Cela signifie qu’ils n’étaient pas en opposition aux lois des Juifs. Mais le culte chrétien, dès le commencement, a été fixé au dimanche.

2. Toutefois, chez les chrétiens sortis du paganisme, les jours commencèrent à être considérés comme tous identiques, et l’on ne célébrait pas le sabbat, qui était inconnu chez les païens. Cette pratique ne fut pas approuvée par les chrétiens de tendance judaïsante. C’est la situation qui nous est révélée par Romains 14.5,6 : « Celui-ci préfère un jour à un autre ; celui-là les estime tous pareils ; que chacun s’en tienne à son jugement. Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur. »

3. Dans une autre épître, Paul alla plus loin encore en disant que les jours, y compris les sabbats, n’étaient que l’ombre de l’Église.

« Dès lors que nul ne s’avise de vous critiquer… en matière de fêtes annuelles, de nouvelles lunes ou de sabbats. Tout cela n’est que l’ombre des choses à venir, mais la réalité, c’est le corps du Christ. » (Colossiens 2.16,17)

Qu’on observe la progression déduite d’Osée 2.13 : fêtes annuelles (Pâque, Pentecôte, Tabernacles, Expiations), fêtes mensuelles (chaque mois), chaque semaine (sabbats).

4. Le repos du dimanche n’a pas été imposé par la Bible, mais par l’empereur Constantin (4e siècle). Le repos fut imposé pour mieux célébrer la fête du soleil, qui se commémorait en ce temps-là chaque dimanche. Nous trouvons encore aujourd’hui un reste de l’ancienne consécration du dimanche au dieu soleil, dans les noms allemand et anglais de ce jour : Sonntag et Sunday, qui signifient « jour du soleil ». Nous savons que Constantin avait un grand amour pour le dieu soleil, même après la liberté qu’il donna aux chrétiens. Ce fut lui qui proclama le dimanche comme jour férié, et cet usage païen a été accepté par les catholiques qui ont voulu y transférer le repos judaïque du sabbat. Ce n’est donc pas la Bible, mais plutôt les empereurs païens qui ont introduit l’obligation de fêter le dimanche par un repos.

Il n’y a rien de mal à se reposer le dimanche ; au contraire, un repos hebdomadaire ou même deux sont très utiles à la santé. Mais on doit se rappeler que c’est une loi naturelle et non religieuse qui nous conseille de nous reposer quelque temps pour avoir la santé nécessaire à l’accomplissement de notre devoir. Le sabbat a été éliminé par Dieu et remplacé par le dimanche par les païens. Si on ne peut pas se reposer durant un de ces deux jours, on peut se reposer en n’importe quel autre jour.

5. Ce qui est, au contraire, obligatoire chaque dimanche, c’est le culte qui, selon la Bible et les premiers historiens de l’Église, a été célébré seulement en ce jour-là par les premières générations chrétiennes.

II. Les éléments du culte chrétien

Le culte chrétien devrait être accompli par cinq actes différents, à savoir la prière, les chants, le sermon, la collecte et le repas du Seigneur, dont le dernier a une importance particulière pour le premier jour de la semaine.

A) La prière.

Pendant le culte on peut et on doit prier. S’il faut « prier sans cesse », s’il faut « toujours prier sans jamais se lasser », s’il faut « prier en tout temps », on doit en conclure qu’il faut prier aussi durant le culte du dimanche (l Thessaloniciens 5.17; Luc 18.1; 21.36). La prière était alors accomplie sans une liturgie spéciale ; elle était prononcée par tous les chrétiens sans aucune formule fixe, mais selon l’élan de leur cœur.

Cependant, puisqu’on peut aussi prier en dehors du culte, cela ne signifie pas que la prière est le point distinctif du culte. Les chrétiens de Troas ne s’étaient pas réunis pour prier, mais plutôt pour une autre raison.

B) Les chants.

Pendant le culte on peut chanter. C’est une chose naturelle : la joie déborde en des chants. Il est donc logique de chanter notre reconnaissance à Dieu, qui nous donne sa grâce et son amour. Pour cette raison Paul écrivait : « Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur » (Éphésiens 5.19).

Il est naturel aussi de transformer nos prières en chants, comme faisaient, par exemple, Paul et Silas, prisonniers à Philippes, qui « vers minuit, en prière, chantaient les louanges de Dieu » (Actes 16.25). On peut donc aussi chanter durant le culte du dimanche.

Durant les premiers temps du christianisme, les chants étaient élevés à Dieu sans l’aide d’aucun instrument de musique. Dans l’Ancien Testament on avait des trompettes qui, selon le langage métaphorique de l’Apocalypse, résonnent aussi dans le ciel. Mais dans le culte chrétien, on chantait « de tout cœur » sans aucun instrument. L’emploi des instruments de musique a été sévèrement réprimé par les pères de l’Église comme étant une coutume païenne. Ce fut seulement après le 7e siècle qu’on commença à se servir d’instruments de musique, mais uniquement pour mieux enseigner le chant avant de célébrer le culte. Ce fut vers l’an 800 qu’on trouva le premier orgue installé dans un temple pour soutenir et accompagner le chant (époque de Charlemagne).

Notez que l’Église Orthodoxe n’a pas d’instruments de musique dans son culte, parce qu’elle s’est séparée de Rome avant l’introduction des instruments de musique. Notez aussi que, lorsque le pape célèbre la messe à Rome, la chapelle papale chante encore sans instruments de musique, parce qu’elle a conservé l’ancien usage romain de chanter au moyen d’un simple chœur de voix.

Peut-être allez-vous me dire : « Ce n’est pas une chose très importante que de chanter avec ou sans instruments de musique. » Je vous répondrai : « Ce n’est peut-être pas important en soi-même. Mais nous ne voulons rien ajouter à la parole du Seigneur. Si nous commençons à nous éloigner de la Bible par une toute petite chose, c’est fini, nous ne nous arrêterons plus. C’est par de tout petits degrés que l’Église catholique commença à s’éloigner des principes établis par la Bible, et nous voyons aujourd’hui où elle est parvenue. La force de l’Église du Christ, qui la différencie de toutes les autres confessions de foi, c’est précisément la règle de rester fidèle à la parole du Seigneur et de ne rien y ajouter. »

Mais, puisqu’on peut chanter aussi bien durant le culte qu’en dehors du culte, le chant n’est pas encore l’élément constitutif du culte. Les chrétiens de Troas ne s’étaient pas réunis dans la chambre haute pour chanter, mais pour quelque chose d’autre.

C) Le sermon.

Pendant le culte on peut aussi écouter la Parole de Dieu à travers un sermon. Les premiers chrétiens suivaient l’exemple du culte synagogal, et lisaient l’Ancien Testament. On peut penser qu’ils lisaient aussi les épîtres des apôtres. Paul écrivit aux Thessaloniciens : « Je vous en adjure par le Seigneur, que cette lettre soit lue à tous les frères » (1 Thessaloniciens 5.27). La même prière est adressée aux Colossiens : « Quand cette lettre aura été lue chez vous, faites qu’on la lise aussi dans l’Église des Laodicéens, et procurez-vous celle de Laodicée, pour la lire à votre tour » (Colossiens 4.16). Quel moment plus opportun pour obéir à ce commandement qu’au moment du culte, où toute l’Église s’assemble pour louer le Seigneur !

Timothée a été adjuré devant Dieu de « proclamer la parole, d’insister à temps et à contre temps, de réfuter, menacer, exhorter avec une patience inlassable et le souci d’instruire » (2 Timothée 4.2). Y a-t-il moment plus opportun que durant le culte pour instruire les membres de l’Église ? On peut donc penser qu’il prêchait, chaque fois qu’il en avait l’occasion, dans le culte chrétien.

Durant le culte, quand il était possible, on écoutait la prédication apostolique. Les premiers chrétiens étaient, nous dit Luc, assidus à « l’enseignement des apôtres » (Actes 2.42). À Troas Paul « prolongea son discours jusqu’au milieu de la nuit » (Actes 20.7). Les chrétiens, très heureux d’avoir avec eux l’apôtre, le questionnaient familièrement – tel est en effet le sens du mot grec dialogeo signifiant causer en répondant aux questions posées. Cependant les frères de Troas ne s’étaient pas réunis pour écouter Paul.

Il est donc tout à fait naturel d’écouter pendant le culte la parole du Seigneur, et avoir un sermon ; néanmoins ceci n’est pas encore le point distinctif du culte.

D) La collecte.

La Bible recommande de faire, pendant le culte, une collecte pour aider les pauvres et faire face aux nécessités de la communauté. Les Corinthiens, aussi bien que les Galates, avaient la coutume chaque dimanche de donner. Cette contribution, « don d’amour » (1 Corinthiens 16.3), proportionnée à leur gain hebdomadaire, était donnée selon l’élan de leur cœur généreux et non selon l’ancienne dîme des Juifs. Par la continuelle addition, ces fonds seraient devenus de plus en plus importants. Les chrétiens devaient rassembler ces biens pour le jour où Paul viendrait les apporter à Jérusalem.

« Quant à la collecte en faveur des saints (de Jérusalem), suivez, vous aussi, les règles que j’ai tracées aux Églises de la Galatie. Que, chaque premier jour de la semaine, chacun de vous mette de côté chez lui ce qu’il aura pu épargner, en sorte qu’on n’attende pas mon arrivée pour recueillir les dons. » (1 Corinthiens 16.1,2)

Les chrétiens de Troas ne s’étaient pas assemblés seulement pour faire la collecte, mais aussi pour une autre raison.

E) Le repas du Seigneur.

Dans quel but les chrétiens de Troas s’assemblaient-ils donc ? C’était pour célébrer le repas du Seigneur. C’est Luc qui, en témoin oculaire, nous le dit : « Le premier jour de la semaine, nous étions réunis pour rompre le pain » (Actes 20.7).

L’acte distinctif du culte du dimanche était donc la fraction du pain. On l’appelait ainsi parce qu’on rompait du pain qu’on distribuait en mémoire de Jésus-Christ. Au commencement du christianisme, on se référait au culte surtout par le terme de « fraction du pain » ; on se réunissait pour manger et boire le vin en mémoire du Seigneur.

On peut donc conclure que, quand les catholiques se réunissent le dimanche pour écouter la messe sans manger le pain et boire le vin, ils n’accomplissent pas le culte des premiers chrétiens. De même, quand les protestants s’assemblent pour écouter un sermon, pour prier et chanter sans cependant manger du pain et boire du vin en mémoire de Jésus-Christ, ils ne célèbrent pas le culte des premiers chrétiens.

III. La signification du repas du Seigneur

Le repas du Seigneur a plusieurs significations : c’est un signe d’unité entre les chrétiens, une communion avec le Christ et une nourriture spirituelle.

A) Signe de communion fraternelle.

Le repas du Seigneur a tout d’abord un aspect social : l’unité du pain symbolise l’unité de ceux qui s’en nourrissent. « Puisqu’il n’y a qu’un pain, à nous tous, nous ne formons qu’un corps, car nous tous avons part à ce pain unique » (1 Corinthiens 10.17). Les chrétiens donc, tous ensemble, forment un seul corps : le corps du Seigneur.

On peut déduire de cette réalité les conclusions suivantes :

1. Dans le culte chrétien, tous les membres, étant égaux, peuvent et doivent y prendre une part active.

« Lorsque vous vous assemblez, chacun peut avoir un cantique, un enseignement, une révélation, un discours en langue, une interprétation. Que tout se fasse de manière à édifier. » (1 Corinthiens 14.26)

Bien que le culte soit présenté ici en rapport avec les dons spirituels propres au commencement de l’Église, on peut quand même en déduire l’activité personnelle de chacun des membres.

Cependant Paul défendit aux femmes de prêcher et d’enseigner. Celles-ci ne peuvent troubler l’instruction des hommes.

« Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole. » (1 Corinthiens 14.33-35)

« Pendant l’instruction, la femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de faire la loi à l’homme. » (1 Timothée 2.11,12)

2. Il ne peut y avoir dans le culte aucune distinction entre prêtres et laïcs, entre ceux qui célèbrent le repas du Seigneur et ceux qui y participent, entre ceux qui consacrent les éléments et ceux qui reçoivent les éléments déjà consacrés. Tous les chrétiens, hommes et femmes, célèbrent le repas du Seigneur quand ils mangent et boivent en mémoire du Seigneur. Tout le monde peut et doit rompre le pain et rendre grâce pour le vin. « La coupe de bénédiction que nous bénissions… le pain que nous rompons », écrivait Paul en rappelant l’action que tous les chrétiens de Corinthe étaient appelés à accomplir (1 Corinthiens 10.16). Le repas du Seigneur ne consiste pas dans la consécration du pain et du vin, mais dans l’action de manger du pain et de boire du vin en mémoire du Seigneur. Celui qui mange et celui qui boit est celui qui célèbre le repas du Seigneur.

3. Tout le monde chrétien est appelé à manger et à boire. On ne peut pas, comme font aujourd’hui les catholiques, éliminer la coupe pour les laïcs, selon une coutume qui commença au 11e siècle. Jésus, comme s’il prévoyait dans le futur cette élimination de la coupe, a bien ajouté : « Buvez-en tous » (Matthieu 26.27). On ne peut pas changer la volonté de Jésus-Christ, notre Seigneur, par des commandements d’hommes.

4. La conséquence naturelle du repas du Seigneur est encore l’amour fraternel qui doit animer la famille chrétienne. Plus que jamais, au moment du repas, tous les frères devraient répéter les mots de Jean : « Car tel est le message que vous avez entendu dès le début : nous devons nous aimer les uns les autres » (1 Jean 3.11).

B) La communion avec le Christ.

Quand on participe au repas du Seigneur on peut errer de deux manières : en exagérant la présence du Christ (catholiques) ou en la réduisant à rien (quelques protestants). Ce sont des erreurs que nous allons réfuter par la parole de Dieu.

1. Le repas du Seigneur n’est pas un changement de substance. Les catholiques supposent que le pain se change en la substance du corps de Jésus et le vin en la substance du sang de Jésus-Christ. Cette idée est détruite par le seul fait que l’action du repas doit être accomplie, selon la volonté de Jésus, en souvenir du Christ. « Faites ceci en mémoire de moi. » Si le repas est une mémoire, on doit donc dire que Jésus n’y est pas présent dans sa substance : on peut se rappeler une personne absente mais non pas une personne présente.

On nous objecte : « Cependant Jésus nous a dit aussi : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », donc le pain et le vin deviennent en réalité le corps et le sang du Christ. » Néanmoins, aujourd’hui les catholiques les plus qualifiés nous disent que cet argument n’a aucune valeur. Qu’il me soit permis de citer une phrase du Bénédictin, Dom J. Dupont :

« En disant, Ceci est mon corps, Jésus n’affirme pas nécessairement que la substance réelle du pain est changée en la substance de son corps. Dans le cadre des manières de penser d’un Sémite et de la Bible, le sens le plus naturel serait : Ceci signifie, ceci représente mon corps… Abandonnons donc sans hésiter un argument simpliste qui ne prouve rien. » (« Ceci est mon corps », Nouvelle Revue Théologique, 1958, p. 1037)

Le père dominicain Pierre Benoît écrit :

« Cette copule ne comporte pas nécessairement une réelle identité. Dans des phrases comme celle-ci : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume » (Matthieu 13.37,38), le verbe être ne veut manifestement dire que « signifier, représenter ». On pourrait donc entendre, comme certains tiennent à le faire : Ceci représente mon sang. » (Exégèse et théologie, Vol. I, Paris, 1961, Éditions du Cerf, p. 228)

C’est ce que nous sommes obligés de faire, parce que, dans la Bible, on ne trouve pas de verbe signifiant « représenter ». Ce verbe est toujours substitué par le verbe « être » ; d’ailleurs Jésus lui-même nous explique que le repas du Seigneur est un mémorial.

2. Le repas du Seigneur n’est qu’un simple souvenir, mais c’est aussi une communion avec le Christ. C’est Paul qui nous le dit : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas la communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas la communion au corps du Christ ? » (1 Corinthiens 10.16). Si ce ne sont pas, comme disent les catholiques, le corps et le sang mêmes, c’est néanmoins une communion avec le Christ.

Réduire le repas du Seigneur à un simple souvenir de Jésus, c’est trop minimiser la valeur de cette action. Si le repas du Seigneur est seulement un souvenir, on peut s’en souvenir aussi par le sermon et la lecture de la Parole de Dieu. On peut s’en souvenir en méditant sur le récit de sa passion, sa mort et sa résurrection. C’est pour cette raison que beaucoup d’Églises protestantes ont réduit la célébration du repas du Seigneur à quelques jours seulement de l’année. Cependant, si le repas du Seigneur est plus qu’un simple souvenir, il est naturel de le célébrer chaque dimanche selon l’usage des premiers chrétiens.

On peut donc conclure que le repas du Seigneur n’est pas un changement de substance, puisqu’il est un mémorial du Seigneur ; il n’est pas non plus un simple souvenir, puisqu’il est aussi une communion, une koinonia, avec le Seigneur.

C) Le repas du Seigneur est une nourriture spirituelle.

Que signifie « communion au sang et au corps du Christ » ? Pour mieux le comprendre, il est bon d’étudier le mot grec koinonia dans le Nouveau Testament. Il signifie communauté de biens, participation aux biens d’autrui. Parce qu’ils étaient « d’un seul cœur »,

« … tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun. » (Actes 2.42,44)

« La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était en commun. » (Actes 4.32)

« Aussi parmi eux nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportant le prix de vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins. » (Actes 4.34)

Voilà donc ce que signifiait la « communion », la koinonia, chez les premiers chrétiens.

Si alors le repas du Seigneur est une communion avec le Christ, il doit y avoir un échange entre ce qui appartient au Christ et ce qui est propre aux chrétiens.

Cet échange commença le jour du baptême, quand nous nous sommes revêtus de Christ (Galates 3.27). Après ce jour-là, les chrétiens ne doivent plus pécher. Néanmoins le péché nous guette toujours pour nous arracher du droit chemin.

« Petits enfants, je vous écris pour que vous ne péchiez pas, mais si quelqu’un vient à pécher, nous avons comme avocat auprès du Père Jésus-Christ, le Juste. C’est lui la victime de propitiation pour nos péchés. » (1 Jean 2.1,2)

C’est au moment du repas, quand nous nous rappelons ce que Jésus a fait, que cette communion se réalise d’une manière plus complète. Nous offrons à Jésus nos péchés et nos faiblesses ; Jésus nous donne sa miséricorde et son amour. C’est en ce moment-là, quand nous nous unissons spirituellement au drame du Calvaire, que nous pouvons comprendre

« … l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance et entrons par notre plénitude dans la Plénitude de Dieu. À Celui dont la puissance agissante en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pourrions demander, ou concevoir, à Lui la gloire, dans l’Église et dans le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles. Amen. » (Éphésiens 3.19-21)

C’est donc une nourriture qui nous unit chaque dimanche plus intimement au Seigneur, avec qui nous avons déjà notre communion vitale par la foi obéissante dans le baptême. Par cette union toujours plus intime, nous pouvons donc expérimenter la réalité de la véracité des mots de Paul :

« Je suis crucifié avec le Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » (Galates 2.20)

D) Dans l’attente du Seigneur.

Le repas du Seigneur sera pris jusqu’au moment où Jésus-Christ viendra pour emmener les siens dans la gloire éternelle. « Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11.26).

Quand le Christ viendra en personne, alors le signe de son absence s’effacera, car nous le verrons face à face avec Dieu, le Père.

« Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle – écrit Jean – le premier ciel, en effet, et la première terre ont disparu, et de mer il n’y en a plus. Et je vis la Cité Sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : Voici la demeure de Dieu avec son peuple et lui, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. » (Apocalypse 21.1-4)

« Alors le trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la ville, et les serviteurs de Dieu l’adoreront ; ils verront sa face et son nom sera sur leurs fronts. De nuit, il n’y en aura plus ; ils se passeront de lampe et de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles. » (Apocalypse 22.3-5).

Ce sera le festin de noce de l’Agneau : « Heureux – écrit Jean – heureux les gens invités au festin de noce de l’Agneau » (Apocalypse 19.9). On doit, cependant, se rappeler que seulement ceux qui auront obéi à la Parole de Dieu seront les citoyens de cette ville sainte dans l’éternité. Jésus est en effet « devenu pour tous ceux qui lui obéissent le principe de salut éternel » (Hébreux 5.9). C’est aujourd’hui que par la grâce de Dieu nous pouvons recevoir, par la foi, la repentance et le baptême, la semence impérissable qui nous donnera le droit de participer au festin de l’Agneau. C’est pourquoi, comme le dit l’Esprit Saint : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » (Hébreux 3.7,8).