Le Dieu de la création et de la révélation

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Chapitre 7
La Bible et l’éthique

« Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple.
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel. »

Lévitique 19.18

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. »
Matthieu 7.12

L’Ancien Testament est le berceau de l’éthique chrétienne. La religion révélée et instaurée par Yahvé (« Je suis ») est une religion éthique plutôt que métaphysique. L’éthique se préoccupe du comportement humain, c’est « l’art de diriger sa conduite » (Dict. Robert). La métaphysique est une recherche rationnelle qui étudie l’esprit, les problèmes de la connaissance, de la vérité. Elle est axée sur la connaissance plutôt que sur la conduite. L’Ancien Testament est l’ancêtre du Nouveau Testament. Il est donc nécessaire de considérer certains aspects de l’éthique dans la religion juive de l’Ancien Testament.

L’éthique de l’Ancien Testament et la révélation divine

L’éthique que nous présente l’Ancien Testament se préoccupe d’harmoniser la conduite humaine avec la volonté divine révélée. Donc, dans ce sens, l’éthique que l’on trouve dans la Bible se veut plus profonde et plus juste que celle que nous présentent les hommes. L’éthique biblique n’est pas seulement l’ethos (une habitude, une coutume), ou nomos (à la base, une coutume généralement acceptée) ou dikè (un critère de conduite généralement accepté). L’éthique de l’A. T. n’est pas ce que la spéculation philosophique ou la convention sociale nous proposent ; elle est d’abord ce que Dieu veut et impose aux hommes.

L’éthique de l’Ancien Testament et l’histoire

Dans l’Ancien Testament le peuple d’Israël ne devra pas oublier qu’il fut autrefois esclave en Égypte et qu’il fut délivré par Dieu dans des circonstances extraordinaires. Chaque fête de Pâque lui rappelle ce grand événement. Dieu demande que son peuple se souvienne de cet événement et qu’il soit motivé par cet événement jusque dans sa conduite (Deut. 7.18 ; 8.2 ; 15.5 ; 16.12 ; 24.18, 22). Il y a bien sûr un parallèle à cela dans le Nouveau Testament : le souvenir que Dieu nous a délivrés du péché, devrait nous motiver à la sainteté (Romains 6). L’Israélite devait être conscient que Dieu avait le droit d’exiger de lui une certaine conduite parce qu’Il avait fait pour lui de grandes choses.

L’éthique de l’Ancien Testament et la notion d’alliance avec Dieu

L’alliance dans l’Ancien Testament est un accord entre deux partis, dont l’un est inférieur et l’autre est supérieur. L’initiative de l’alliance vient toujours de Dieu. L’alliance est un exemple de la grâce divine par laquelle Dieu est venu vers Israël pour lui dire qu’il serait son peuple et qu’Il serait leur Dieu (Deut. 7.6, 7 ; 9.4, 5). Une telle alliance comportait des promesses, mais aussi des obligations. En acceptant l’alliance, Israël acceptait les obligations.

Le symbole qui représente l’alliance entre Dieu et son peuple est celui d’un couple. Israël est « l’épouse de Dieu » (Ésa. 54.5 ; 61.10 ; 62.4, 5 ; Jér. 2.2 ; 3.14 ; Os. 2.21, 22). L’infidélité d’Israël est comparée à l’infidélité d’une femme envers son mari (Mal. 2.11 ; Lév. 17.7 ; 20.5, 6 ; Deut. 31.16 ; Os. 9.1).

C’est en raison de cette représentation de l’alliance de Dieu avec son peuple que la Bible parle d’un « Dieu jaloux » (Ex. 20.5 ; 34.14 ; Deut. 4.24). Dieu exige un amour non partagé, un amour total et complet. Bien sûr, on a un parallèle à cela avec la relation du chrétien et de son Sauveur (cf. Mat. 10.37-39). L’amour comporte des obligations. Parce que Dieu prit Israël pour épouse, cette épouse a des obligations. On retrouve un parallèle avec ce concept dans le Nouveau Testament (Éph. 5.22-33).

L’éthique de l’Ancien Testament et la notion de choix divin

Le choix divin doit provoquer un sens de responsabilité. Amos n’épargne pas le peuple ; au contraire il le condamne d’autant plus qu’il est un peuple choisi : « Je vous ai choisi, vous seuls, parmi toutes les familles de la terre. C’est pourquoi je vous châtierai pour toutes vos iniquités » (Amos 3.2).

Plus grands sont les privilèges, plus grandes les responsabilités (cf. Rom. 2.17-24). Le choix divin doit aussi provoquer l’obéissance : « Aujourd’hui, tu es devenu le peuple de l’Éternel ton Dieu. Tu obéiras à la voix de l’Éternel ton Dieu, et tu mettras en pratique ses commandements et ses lois que je te prescris aujourd’hui » (Deut. 27.9, 10).

Le peuple fut choisi non pour être exempté de l’obéissance, mais pour être sous l’obligation la plus solennelle d’obéir à Dieu : « Prenez à cœur toutes les paroles que je vous conjure aujourd’hui de recommander à vos enfants, afin qu’ils observent et mettent en pratique toutes les paroles de cette loi. Car, ce n’est pas une chose sans importance pour vous : c’est votre vie… » (Deut. 32.46, 47). Nous trouvons un parallèle avec ceci dans le Nouveau Testament : « En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui » (Éph. 1.4).

L’obéissance n’était pas une soumission à n’importe quel code humain, mais une soumission à la loi de Dieu. Selon cette loi Israël devait se distinguer, être différent des autres peuples. Ils ne devaient être ni comme les Égyptiens qu’ils quittaient ni comme les Cananéens qu’ils rencontreraient (Lév. 18.1-5 ; 20.23, 24). C’est cela qui nous amène à l’essence de la religion juive et chrétienne : « Vous serez saints pour moi, car je suis saint, moi l’Éternel. Je vous ai séparés des peuples, afin que vous soyez à moi » (Lév. 20.26 ; 19.2 ; 11.44, 45 ; 20.7, 26). C’est bien là le sens premier du mot « saint » : « différent » ! Le Sabbat est saint parce qu’il est différent des autres jours. La Bible est sainte parce qu’elle est différente des autres livres. Dieu est saint parce qu’Il est suprêmement différent de nous.

Cette notion nous aide à comprendre certaines questions qui sont parfois posées en rapport avec l’éthique dans l’Ancien Testament. L’Israélite devait par exemple manifester un certain exclusivisme. Cela est parfois critiqué par l’homme d’aujourd’hui. Il ne devait pas contracter d’alliance avec d’autres nations (Ex. 23.32 ; 34.12-15). Le mariage même était interdit avec certains peuples (Ex. 34.16 ; Deut. 7.3). Les idoles du pays conquis devaient être détruites. Si une ville était assiégée et qu’elle n’offrait aucune résistance, les habitants devaient être asservis. En cas de résistance, les habitants devaient tous être tués (Deut. 20.10-18, 7.1-5). La raison d’être de ce jugement divin était la volonté divine de préserver son peuple de toute corruption.

Une autre question centrale à l’éthique de l’Ancien Testament est celle du mélange qu’il semble y avoir entre les aspects moraux, cérémoniels ou rituels de la loi. Les distinctions sont couramment faites, mais pourtant une grande partie de la loi semble donner une même importance à des aspects de la loi qui semblent avoir plus ou moins d’importance. On en a un exemple en Lévitique 19.17-19 :

« Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur ; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel. Vous observerez mes lois. Tu n’accoupleras point des bestiaux de deux espèces différentes ; tu n’ensemenceras point ton champ de deux espèces de semences ; et tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces de fil. »

Pourquoi la loi fait-elle mention d’un sujet si important (l’amour du prochain) aux côtés d’un sujet apparemment si peu important : le vêtement. Beaucoup de personnes critiquent cet aspect du judaïsme – cette insistance sur les choses extérieures telles que la circoncision ou les lois relatives à la nourriture.

Toutefois, une étude approfondie de la religion juive démontre que si le peuple n’avait pas eu une loi aussi stricte, s’étendant même à des aspects de la vie qui semblent sans importance, il n’aurait pu comprendre et réaliser ce que Dieu lui demandait, c’est-à-dire « être saint ».

Il fallait que le Juif soit différent, car les voies de Dieu sont différentes. Comment Dieu pouvait-il montrer aux autres peuples que son peuple était saint « car Il est saint » ? Il fallait le montrer par des choses qui frappent l’œil et les sens. Il fallait le faire avec des « rudiments du monde ». Aux chrétiens, Dieu a donné son Saint-Esprit, et les fruits qu’il produit dans le cœur de l’enfant de Dieu sont la lumière du monde et le sel de la terre :

« Mais à présent que vous avez connu Dieu, où plutôt que vous avez été connus de Dieu, comment retournez-vous à ces faibles et pauvres rudiments auxquels, de nouveau, vous voulez vous asservir encore ? Vous observez les jours, les mois, les temps et les années ! Je crains d’avoir inutilement travaillé pour vous. » (Gal. 4.9-11)

L’Israélite se distinguait par ses jours de fête, par sa nourriture et son vêtement. Peut-être que ces distinctions paraissent inutiles à l’homme d’aujourd’hui, mais elles ne l’étaient pas à l’époque où elles furent instituées et pratiquées par le peuple de Dieu. Elles sont en elles-mêmes une vérité toujours vraie pour l’enfant de Dieu : il doit être différent du monde.

L’homme de Dieu était celui qui avait le courage, à la face du monde, d’être différent. Il en est encore ainsi aujourd’hui.

L’éthique et la pratique religieuse

Tout ceci nous amène à un des aspects fondamentaux de l’éthique de l’Ancien Testament qui est la relation entre la religion et l’éthique. Les peuples de l’antiquité ne voyaient pas clairement la relation entre un acte religieux et un acte éthique. Contre la pratique « religieuse » de la prostitution, Dieu donna une loi :

« Tu n’apporteras point dans la maison de l’Éternel, ton Dieu, le salaire d’une prostituée ni le prix d’un chien, pour l’accomplissement d’un vœu quelconque ; car l’un et l’autre sont en abomination à l’Éternel, ton Dieu. » (Deut. 23.18)

Pour les païens, il n’y avait pas de rapport entre la chasteté (l’éthique) et le sacrifice (la religion). C’est le judaïsme qui montra ce rapport.

Paradoxalement, le judaïsme enseignait qu’on ne peut pas donner la même valeur à un acte cérémoniel ou rituel et à un principe éthique. Les rituels les plus élaborés dans les temples les plus magnifiques n’étaient que des « rudiments » (bien qu’institués par Dieu), mais ils ne constituaient pas l’essentiel de la volonté de Dieu.

Les prophètes de l’Ancien Testament n’ont cessé de répéter que les rites et les cérémonies ne sont pas l’élément primordial du culte à Dieu, de la religion de Yahvé, mais c’est de partager son pain avec le pauvre, de loger l’orphelin, de défendre la veuve et l’opprimé, de soulager le malheureux (voir Ésa. 1.12-17 ; 58.6-12 ; Jér. 7.8-10 ; Amos 5.21-24). Donc, la grande leçon du judaïsme, c’est qu’il ne peut y avoir de vraie religion sans éthique. Pour servir Dieu, il faut aussi servir son prochain. Pour aimer Dieu, il faut aussi aimer son prochain. Pour recevoir de Dieu, il faut aussi exercer la miséricorde. Les prophètes Michée et Osée expriment en quoi consiste le vrai culte à Dieu : Michée 6.6-8 ; Os. 6.6.

Le judaïsme fut la première religion à faire le lien entre le service à Dieu et le service à l’homme. Nous avons tous hérité du judaïsme dans ce sens. Qui accepterait de belles cérémonies dénuées de toute éthique du comportement ? Qui accepterait une religion faite de belles paroles dénuées d’actions charitables ?

L’Ancien Testament et la notion de récompense

La prospérité d’Israël dépendait en grande partie de sa relation avec Dieu (Deut. 28 ; Deut. 7.2-16 ; 11.13-17). Le Nouveau Testament a mis en lumière les notions spirituelles et éternelles de récompense (1 Pi. 1.3-5 ; Hébreux 11.6). L’Ancien Testament se limitait à porter l’accent sur les récompenses divines qui peuvent être accordées en ce monde (voyez Job 14.7-12 ; Ps. 6.6 ; 30.10 ; 88.6, 11-113 ; 115.17 ; Ecc. 9.10 ; Ésa. 38.18). Les récompenses spirituelles ou célestes sont les plus grandes et les plus précieuses. Ce sont celles auxquelles nous devons nous attendre de la part de Dieu.

La Bible parle aussi de la relation entre l’éthique et la récompense ici-bas ; entre ce que l’on sème et ce que l’on récolte même en cette vie. Dans un sens les prophètes étaient impliqués « politiquement ». Ils ne se contentaient pas de parler ; ils agissaient, revêtus de leur autorité divine. Le prophète était le meilleur allié du pauvre et parfois le pire ennemi du riche.

Divers aspects de l’éthique dans l’Ancien Testament

L’éthique divine s’imposait à chaque homme et valait pour chaque action. Le peuple entier était un royaume de sacrificateurs (Ex. 19.6). L’éthique concernait le milieu familial (Ex. 20.12 ; 21.15 ; Deut. 21). Elle visait à protéger les individus défavorisés : le pauvre, l’orphelin, les veuves qui étaient chers aux yeux de Dieu (Deut. 10.18 ; 1.17 ; 16.19 ; Lév. 19.15). La loi protégeait aussi bien le Juif que l’étranger (Lév. 24.22). L’éthique de l’Ancien Testament visait l’honnêteté dans le commerce. Voyez Lév. 19.35, 36 ; Deut. 25.13-16 ; Prov. 16.11 ; Ézé. 45.10-12 ; Amos 8.4-6 ; Mic. 6.10, 11. Dieu n’est pas seulement le Dieu du sanctuaire, mais aussi du commerce.

L’éthique de l’Ancien Testament concernait toute la communauté d’Israël tout en soulignant la responsabilité individuelle de chaque individu dans toutes ses actions (Ex. 21.28-32 ; Deut. 22.8 ; Ézéchiel 18).

L’éthique de l’Ancien Testament se soucie de la justice. Voici quelques exemples :

  • Un manteau pris en gage doit être rendu : Ex. 22.26, 27 ; Deut. 24.12, 13.
  • Le salaire d’un homme doit être payé : Lév. 19.13 ; Deut. 24.14, 15 ; Mal. 3.5.
  • Un animal doit être secouru lorsqu’il est en danger : Ex. 23.4, 5 ; Deut. 22.1-4.
  • Lorsqu’on moissonne, on doit toujours laisser quelque chose pour le pauvre : Lév. 19.9, 10 ; 23.22 ; Deut. 24.20, 21.
  • On ne doit pas se jouer d’un homme aveugle ou d’un homme sourd : Lév. 19.14.

L’éthique de l’Ancien Testament et l’enseignement de Jésus de Nazareth

L’éthique de l’Ancien Testament était adaptée aux hommes de ce temps. Elle était aussi une préparation à l’éthique de Jésus-Christ de portée plus universelle.

« 27Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère.

28Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur.

29Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne.

30Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n’aille pas dans la géhenne.

31Il a été dit : Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce.

32Mais moi, je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour cause d’infidélité, l’expose à devenir adultère, et que celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère.

33Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment.

34Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu ;

35ni par la terre, parce que c’est son marchepied ; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi.

36Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu.

37Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu’on y ajoute vient du malin.

38Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent.

39Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre.

40Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.

41Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.

42Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.

43Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi.

44Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,

45afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.

46Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même ?

47Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même ?

48Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. »

(Matthieu 5.27-48, Bible Louis Segond)


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